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L’archipel grec

Illustration : les principaux archipels de la péninsule grecque (AIdarvol et Norman Einstein)

Citer cette publication : CRP 2024. Territoire et insularité. Edition en ligne. Statut : notes de recherche. Lien

En Grèce, le territoire insulaire unit la réalité et le divin, la terre et l’eau, la pierre verte du Péloponnèse avec la pierre noire et brûlée de Santorin. Le hierosyle découvre ici le sacré, le hieron, dans une nature chargée des contes de fées, des passions, des voix sourdes et des deuils. Comme la pierre devient sacrée quand on imagine les mains qui l’ont touchée. Comme un mort devient inoubliable quand on entend les femmes qui l’ont chanté. La beauté d’un lieu sacré a besoin d’être chantée elle aussi pour qu’elle reste éternelle et pour que ces lieux sacrés continuent à pleurer le deuil qui commence à se faire oublier dans la vitesse du temps, dans la lumière d’un jour qui dénude tout. La Grèce compte plusieurs milliers d’îles (et ilots), dont environ deux cent sont habitées. Les îles grecques sont divisées en plusieurs archipels, correspondant aux trois mers régionales, soit les îles de la mer ionienne à l’ouest, les îles de la mer Egée à l’est (avec les îles Saroniques, les Cyclades et le Dodécanèse au sud, Eubée, les Sporades et les autres îles du nord), ainsi que l’archipel méridional crétois qui donne sur la mer dite de Lybie. Une majorité d’entre elles est montagneuse et de taille moyenne ou petite, c’est-à-dire inférieure à 1000 ou à 500 km2. Dans ces dernières, il n’y a souvent qu’une seule ville et un ou deux ports et villages. La géologie fonde plus particulièrement un légendaire universel des îles, décrites comme un univers pétrifié. L’inscription dans la terre, l’enracinement de l’île dans « l’opacité rassurante de la pierre », tracent les contours d’une géographie mythique – à l’image des montagnes noyées par le Déluge. C’est dans la roche que les îles gardent la trace des bornes, des vestiges et des empreintes de l’exorcisme qui a présidé à leur colonisation. L’île est souvent décrite comme un lieu maléfique auquel renvoie un maléfisme marin – car les îles ont la mer pour frontière, une frontière qui n’est pas, comme la pierre, dressée sur l’axe vertical qui sépare. Le territoire insulaire est aussi (et avant tout) un espace vécu et façonné par les populations qui l’occupent, l’exploitent et en tirent leur subsistance.