{"id":8055,"date":"2025-06-23T13:11:59","date_gmt":"2025-06-23T11:11:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=8055"},"modified":"2025-06-23T13:23:26","modified_gmt":"2025-06-23T11:23:26","slug":"les-cuisines-de-la-fete","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=8055","title":{"rendered":"Les cuisines de la f\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Citer cet article\u00a0:\u00a0<\/strong>CASTELLANA Robert 2025. Cuisines festives et techniques de la conservation au travers des traditions culturelles des alpes m\u00e9diterran\u00e9ennes. Statut\u00a0: \u00e9dition en ligne.<strong>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=8055\">Lien<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sommaire<\/strong><br>1.Saintes Esp\u00e8ces et cuisines festives<br>2.No\u00ebl et le pain calendal<br>3.Carnaval et les cuisines du sacrifice<br>4.Les f\u00eates traditionnelles du pain<br>5.Les f\u00eates traditionnelles du vin<br>Conclusion : le Saint Vinage et le pain des pauvres<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/A-Carte-Alpes-Maritimes-Andre-Payan-Passeron.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/A-Carte-Alpes-Maritimes-Andre-Payan-Passeron-1024x743.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2928\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Abstract&nbsp;:&nbsp;<\/strong>D\u00e8s le 19<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, les folkloristes ont m\u00e9ticuleusement recueilli les traditions populaires de l\u2019ensemble de l\u2019Europe. Ces recueils ont eu lieu dans un cadre national, sous l\u2019impulsion des soci\u00e9t\u00e9s savantes, dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral de construction des identit\u00e9s nationales et de leur articulation avec les identit\u00e9s r\u00e9gionales. La r\u00e9gion des Alpes m\u00e9diterran\u00e9ennes est int\u00e9ressante de ce point de vue du fait de sa position entre les deux grandes aires culturelles de la Provence fran\u00e7aise et de la Ligurie italienne. Nous nous sommes efforc\u00e9s ici de dresser un tableau comparatif des traditions festives culinaires qui vont du d\u00e9but de l\u2019hiver \u00e0 la fin du printemps, une p\u00e9riode sensible pour ces soci\u00e9t\u00e9s rurales vivant en mode d\u2019autoconsommation. L\u2019importance accord\u00e9e par les folkloristes au calendrier nous semble tr\u00e8s pertinente \u00e0 ce propos, de m\u00eame que leurs hypoth\u00e8ses relatives \u00e0 la christianisation d\u2019anciennes croyances pa\u00efennes. Nous parlerons plut\u00f4t&nbsp; ici de syncr\u00e9tisme, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019un syncr\u00e9tisme festif. Il concerne par ailleurs un sujet anthropologique par excellence, le th\u00e8me chr\u00e9tien de l\u2019Eucharistie. L\u2019ethnologie des mani\u00e8res de tables et la dynamique des pratiques alimentaires rejoignent ici comme on le verra celle des repr\u00e9sentations du corps.&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pain-eucharistique-catacombe-de-Saint-Calixte-iiie-siecle.-Photo-David-Macchi.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Pain-eucharistique-catacombe-de-Saint-Calixte-iiie-siecle.-Photo-David-Macchi-1024x794.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2946\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Repr\u00e9sentation du pain eucharistique, catacombe de Saint-Calixte, iiie si\u00e8cle. Photo David Macchi<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. SAINTES ESPECES ET CUISINES FESTIVES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la tradition chr\u00e9tienne, le pain et le vin que le pr\u00eatre consacre renouvellent la Passion du Christ. A c\u00f4t\u00e9 du myst\u00e8re sacr\u00e9 de l\u2019Eucharistie, il existe d\u2019autres usages religieux ou festifs \u2013 et non moins rituels, de ces m\u00eames aliments. Saint-Vinage, hosties de la Saint-S\u00e9bastien, pains rituels des f\u00eates et des Confr\u00e9ries\u2026 constituent un important ensemble de f\u00eates tr\u00e8s vivantes en Provence et en Ligurie. Au-del\u00e0 de la place culturelle et religieuse d\u00e9volue \u00e0 la vigne et au bl\u00e9, ces usages en marge de la liturgie \u00e9voquent aussi la nature identitaire des pratiques culinaires: aliments de la f\u00eate, nourritures de l\u2019exotisme ou de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, saveurs d\u2019un terroir, les habitudes alimentaires participent des identit\u00e9s collectives. Les mani\u00e8res de table sont en effet le lieu des \u00e9changes, de la convivialit\u00e9 du partage et des rituels de l\u2019hospitalit\u00e9. Par leur biais une soci\u00e9t\u00e9 s\u2019ouvre aux influences les plus diverses. Depuis une haute antiquit\u00e9, \u00e9pices, condiments et autres aromates ont ainsi tiss\u00e9 un dense r\u00e9seau de relations entre les civilisations, les religions et les cultures. Si le pain et le vin entrent \u00e0 plusieurs titres dans la symbolique de notre alimentation, et par l\u00e0 m\u00eame de notre culture, c\u2019est aussi parce qu\u2019ils poss\u00e8dent une m\u00eame nature. Ils sont des produits de conservation et s\u2019obtiennent tous deux par le proc\u00e9d\u00e9 de la fermentation. La conservation des aliments est une n\u00e9cessit\u00e9 majeure dans les soci\u00e9t\u00e9s rurales. Elle va en effet permettre d\u2019assurer ce qu\u2019on appelle la soudure entre la r\u00e9colte de l\u2019ann\u00e9e en cours et celle de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir. Mais les techniques de la conservation ne sont pas seulement alimentaires. Elles concernent tout autant les mus\u00e9es, les traditions ou la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Vin-liturgique-garanti-naturel.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Vin-liturgique-garanti-naturel.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2947\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les aliments ferment\u00e9s, leurs usages religieux sont par ailleurs inscrits dans une controverse qui divise Juifs, Chr\u00e9tiens et Musulmans. Les festivit\u00e9s traditionnelles \u00e0 travers le monde sont souvent marqu\u00e9es par une grande vari\u00e9t\u00e9 de plats sp\u00e9cifiques, de rituels alimentaires et de choix culinaires profond\u00e9ment ancr\u00e9s dans la culture. La pr\u00e9paration et la pr\u00e9sentation de ces aliments participe fr\u00e9quemment de rituels religieux, o\u00f9 la nourriture est offerte aux divinit\u00e9s pour solliciter leur b\u00e9n\u00e9diction, une sorte de cuisine du sacrifice. Nombre de ces festivit\u00e9s impliquent aussi des p\u00e9riodes de je\u00fbne, o\u00f9 la nourriture est consomm\u00e9e de mani\u00e8re ritualis\u00e9e. Ces choix alimentaires sont plus particuli\u00e8rement charg\u00e9s de symbolisme li\u00e9 \u00e0 leurs couleurs, formes et ingr\u00e9dients. Les recettes transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration sont par ailleurs un moyen de pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 culturelle et de c\u00e9l\u00e9brer des coutumes ancestrales. Les nourritures consomm\u00e9es lors des f\u00eates traditionnelles sont donc bien plus que de simples repas. A mi-chemin du sacr\u00e9 et des mani\u00e8res de table, la confrontation de ces traditions nous introduit aux myst\u00e8res des nourritures spirituelles. Elles incarnent \u00e0 la fois l\u2019histoire, la culture, la religion et les valeurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, tout en favorisant la c\u00e9l\u00e9bration, le partage et la communion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II. NO\u00cbL ET LE PAIN CALENDAL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl est une p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 la nourriture rev\u00eat une importance particuli\u00e8re. Elle est aussi bien connue en mati\u00e8re de traditions populaires pour ses rituels calendaires de pr\u00e9diction du temps de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir. Il s\u2019agit en effet, en ce qui concerne l\u2019Europe, de la p\u00e9riode tr\u00e8s d\u00e9licate dite de la soudure dans l\u2019attente de la prochaine saison des r\u00e9coltes. Les symboles et les significations culturelles attach\u00e9s aux aliments consomm\u00e9s \u00e0 No\u00ebl varient consid\u00e9rablement \u00e0 travers l\u2019Europe, refl\u00e9tant les traditions et les croyances sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque culture. Dans de nombreuses r\u00e9gions, la dinde de No\u00ebl est assur\u00e9ment l\u2019un des plats les plus embl\u00e9matiques. Dans les pays comme l\u2019Italie, la Pologne et le Portugal, le poisson, en particulier la morue, s\u00e9ch\u00e9e et sal\u00e9e, est une composante traditionnelle du repas de No\u00ebl. Les sucreries et les chocolats de No\u00ebl, souvent en forme de figurines festives ou d\u2019objets symboliques comme les g\u00e2teaux varient d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre. Le fruitcake, typique de nombreuses cultures anglo-saxonnes, assaisonn\u00e9 de fruits confits et de noix est souvent pr\u00e9par\u00e9 longtemps \u00e0 l\u2019avance, symbolisant la patience et l\u2019attente de la naissance du Christ. En Scandinavie, le \u00ab&nbsp;lussekatt&nbsp;\u00bb est un pain safran\u00e9 en forme de S, symbolisant la lumi\u00e8re et le soleil pendant la saison sombre de l\u2019hiver. Les boissons alcoolis\u00e9es ont \u00e9galement leur place \u00e0 No\u00ebl, notamment le vin, en particulier le vin rouge, associ\u00e9 au sang du Christ dans la tradition chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-en-Suede-Christams-Eve-dinner.-Carl-Larsson-1904.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-en-Suede-Christams-Eve-dinner.-Carl-Larsson-1904-1024x703.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2949\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Noel en Suede (Christams Eve dinner). Carl Larsson 1904<\/p>\n\n\n\n<p><em>Oh&nbsp;! La sainte tabl\u00e9e, sainte r\u00e9ellement, avec, tout \u00e0 l\u2019entour, la famille compl\u00e8te, pacifique et heureuse. Trois chandeliers brillaient sur la table et si, parfois, la m\u00e8che tournait devers quelqu\u2019un, c\u2019\u00e9tait de mauvais augure. \u00c0 chaque bout, dans une assiette, verdoyait du bl\u00e9 en herbe, qu\u2019on avait mis \u00e0 germer dans l\u2019eau le jour de la Sainte-Barbe. Sur la triple nappe blanche tour \u00e0 tour apparaissaient les plats sacramentels&nbsp;: les escargots, qu\u2019avec un long clou chacun tirait de la coquille&nbsp;; la morue fine et le muge aux olives, le cardon, le scolyme, le c\u00e9leri \u00e0 la poivrade, suivis d\u2019un tas de friandises r\u00e9serv\u00e9es pour ce jour-l\u00e0, comme&nbsp;: fouace \u00e0 l\u2019huile, raisins secs, nougat d\u2019amandes, pommes de paradis&nbsp;; puis au-dessus de tout, le grand pain calendal, que l\u2019on n\u2019entamait jamais qu\u2019apr\u00e8s en avoir donn\u00e9, religieusement, un quart au premier pauvre qui passait.&nbsp;<\/em>&nbsp;Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-Table-du-Gros-Souper-Wikipedia-commons.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-Table-du-Gros-Souper-Wikipedia-commons-1024x748.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2948\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>En Provence, No\u00ebl est une f\u00eate profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les traditions culinaires. Parmi celles-ci, les 13 desserts occupent une place centrale dans le repas du R\u00e9veillon, d\u00e9nomm\u00e9 le&nbsp;<em>gros souper<\/em>. Cette coutume passe pour repr\u00e9senter J\u00e9sus et ses 12 ap\u00f4tres lors de la C\u00e8ne pascale. Ces desserts sont dispos\u00e9s sur la table, qui reste dress\u00e9e pendant trois jours, et chacun doit go\u00fbter un peu de chacun d\u2019entre eux. Ces desserts varient l\u00e9g\u00e8rement selon les villages, mais certains sont incontournables. On retrouve toujours les quatre mendiants, repr\u00e9sentant les ordres religieux ayant fait v\u0153u de pauvret\u00e9 : les noix ou noisettes (Augustins), les figues s\u00e8ches (Franciscains), les amandes (Carmes) et les raisins secs (Dominicains). S\u2019y ajoutent souvent la pompe \u00e0 l\u2019huile (un pain brioch\u00e9 parfum\u00e9e \u00e0 la fleur d\u2019oranger et \u00e0 l\u2019huile d\u2019olive), le nougat noir et le nougat blanc, symbolisant le bien et le mal. D\u2019autres confiseries viennent compl\u00e9ter l\u2019ensemble : fruits confits, dattes, oranges, melon d\u2019hiver, p\u00e2te de coing, calissons ou oreillettes selon les r\u00e9gions et les disponibilit\u00e9s. Au-del\u00e0 de sa dimension religieuse, cette tradition refl\u00e8te aussi l\u2019importance du partage et de la convivialit\u00e9 dans la culture proven\u00e7ale. Les nourritures festives de No\u00ebl sont bien plus que de simples aliments. Elles portent l\u2019h\u00e9ritage culturel, les croyances religieuses et les valeurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Fete-des-tripettes-Barjols.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Fete-des-tripettes-Barjols-1024x597.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2932\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>III. CARNAVAL ET LES CUISINES DU SACRIFICE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le lien entre la nourriture et la c\u00e9l\u00e9bration du carnaval est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans l\u2019histoire et la culture de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers le monde, notamment en Europe. Le carnaval est ici l\u2019occasion de consommer des plats \u00e0 base de viande, car le Car\u00eame qui va suivre impliquera l\u2019obligation religieuse du je\u00fbne ou au moins de la r\u00e9duction d\u2019une alimentation carn\u00e9e. Les traditions populaires ont fait de cette p\u00e9riode de transition une c\u00e9l\u00e9bration haute en couleurs repr\u00e9sentant le combat entre Carnaval et Car\u00eame. Le carnaval permet ainsi aux cultures locales de mettre en avant leurs traditions culinaires. Il est de ce point de vue une p\u00e9riode de rassemblement communautaire. La nourriture joue un r\u00f4le crucial dans cette convivialit\u00e9 et dans les affirmations identitaires qui l\u2019accompagnent. Les plats sp\u00e9cifiques et les aliments traditionnels consomm\u00e9s pendant le carnaval varient consid\u00e9rablement d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre. La f\u00eate de la Saint-Marcel, qui se tient le 16 janvier \u00e0 Barjols, un village du Var, offre une bonne illustration de la dimension sacrificielle et calendaire des nourritures festives dans les traditions populaires. Elle comm\u00e9more en effet l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le village aurait sacrifi\u00e9 un b\u0153uf afin de sauver les habitants de la famine. Lors de la f\u00eate, une procession accompagne les reliques du saint jusque dans l\u2019\u00e9glise en chantant Sant Maceu li tripeto et en dansant la danse des Tripettes qui se pratique tous les quatre ou cinq ans, avec la procession du b\u0153uf. On affirme par ailleurs que les reliques du saint \u00e9taient non son corps mais ses entrailles, ou encore son doigt, conserv\u00e9s dans le sanctuaire de la Roquette o\u00f9 une lampe br\u00fblait sans jamais avoir besoin d\u2019huile. La f\u00eate commence l\u2019apr\u00e8s-midi, avec aubade et bravade, o\u00f9 l\u2019on conduit le b\u0153uf enrubann\u00e9 \u00e0 travers les rues, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 il re\u00e7oit la b\u00e9n\u00e9diction du pr\u00eatre avant sa mise \u00e0 mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Fete-des-tripettes-de-st-marcel-Barjols-Var.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Fete-des-tripettes-de-st-marcel-Barjols-Var.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2950\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Le soir se tient une danse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019\u00e9glise. Le lendemain, apr\u00e8s la messe, se d\u00e9roule la procession du saint, tandis que le cadavre du b\u0153uf est promen\u00e9 dans un char fleuri et mis en broche sur la place jusqu\u2019au soir. Les entrailles du b\u0153uf (les tripettes) \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la Compagnie de la jeunesse, costum\u00e9e pour la circonstance, et organisatrice des festivit\u00e9s. Saint Marcel, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Die en l\u2019honneur duquel se tiennent ces festivit\u00e9s, serait mort lors d\u2019un voyage \u00e0 Rome, selon la l\u00e9gende locale qui pr\u00e9tend que l\u2019Abbaye de Saint-Maurice pr\u00e8s de Barjols aurait conserv\u00e9 son corps. A l\u2019\u00e9poque de la disparition du monast\u00e8re, le saint serait alors apparu au dernier religieux rest\u00e9 veiller sa d\u00e9pouille mortelle, pour lui demander que ses restes soient transport\u00e9s \u00e0 Barjols. Les habitants du village voisin d\u2019Aups auraient cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 ce transfert. Le Comte d\u00e9cida alors de faire mesurer la distance qui s\u00e9parait chacune des deux villes du monast\u00e8re, et pendant que les gens d\u2019Aups \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 leurs mesures, ceux de Barjols auraient d\u00e9rob\u00e9 les saintes reliques (GARCIN 1835: I, 163 et B\u00c9RENGER F\u00c9RAUD: III, 410-420 in SEIGNOLLE 1963: 238-239). Ce rituel a \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9 par les folkloristes des manifestations carnavalesques qui se d\u00e9roulaient dans les \u00e9glises \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates m\u00e9di\u00e9vales des Fous. Son b\u00fbcher \u00ab&nbsp;sacrificiel&nbsp;\u00bb l\u2019apparente aussi \u00e0 l\u2019une de ces c\u00e9r\u00e9monies \u00ab&nbsp;pa\u00efennes&nbsp;\u00bb dont les premiers observateurs des traditions populaires se sont plus \u00e0 souligner les survivances au travers de leur hypoth\u00e9tique christianisation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Carnaval-combat-avec-Careme.-Pieter-Brueghel-lAncien-1559.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Carnaval-combat-avec-Careme.-Pieter-Brueghel-lAncien-1559.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2933\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Carnaval combat avec Car\u00eame. Pieter Brueghel l\u2019Ancien (1559)<\/p>\n\n\n\n<p>Les traditions culinaires r\u00e9gionales associ\u00e9es au Car\u00eame, nombreuses dans les Alpes m\u00e9ridionales, pr\u00e9sentent elles aussi un grand int\u00e9r\u00eat dans l\u2019optique du calendrier de la soudure alimentaire \u00e9voqu\u00e9e initialement. Le Mercredi des Cendres un grand repas maigre inaugurait ainsi les restrictions du Car\u00eame. Organis\u00e9 par la jeunesse, il cuisait dans des chaudrons sur la place, \u00e0 Moustiers-Sainte-Marie ou \u00e0 Puget-Th\u00e9niers avec la soupe de haricots (DURET 1981: 36 d\u2019apr\u00e9s PROVENCE 1938), \u00e0 Levens o\u00f9 l\u2019on cuisait les Baillans, un plat de haricots, choux et raves, \u00e0 Belv\u00e9d\u00e8re avec la Polente, \u00e0 Saint-Martin-V\u00e9subie et Tourettes-Levens o\u00f9 l\u2019on mangeait des p\u00e2tes et des choux-fleurs et beaucoup d\u2019autres o\u00f9 l\u2019on servait souvent l\u2019a\u00efoli (CARENINI 1984: 503 d\u2019apr\u00e9s COLLECTIF 1945: 254-255). Ces distributions de nourriture sont encore attest\u00e9es \u00e0 Contes (f\u00e8ves), Clans (pois), Roccasparviera (pains), et Saint-Jeannet (f\u00e8ves) (VAN GENNEP 1949, I, IV: 1723 d\u2019apr\u00e9s CANESTRIER 1978). On pourrait aussi citer \u00e0 Isolabona, en Ligurie, les Scurotti du dimanche-gras.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Festin-de-Cimiez-Antoine-Trachel-Nice-1823-Bibliotheque-de-Cessole.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Festin-de-Cimiez-Antoine-Trachel-Nice-1823-Bibliotheque-de-Cessole-1024x622.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2951\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Festin de Cimiez, Antoine Trachel, Nice, 1823 (Biblioth\u00e8que de Cessole).<\/p>\n\n\n\n<p>A Nice la tradition des \u00ab&nbsp;festins&nbsp;\u00bb offre un exemple int\u00e9ressant de ces f\u00eates du Car\u00eame. Bricogne la rapporte dans ces termes en 1839: \u00ab&nbsp;chaque dimanche du Car\u00e8me est le jour d\u2019un festin (f\u00eate) dans les paroisses environnantes \u2026\/\u2026 Le 1\u00b0 dimanche le festin est \u00e0 Cimiez (festin des Reproches), le 2\u00b0 \u00e0 St Barth\u00e9l\u00e9my (la recourdura ou r\u00e9conciliation), le 3\u00b0 \u00e0 Saint Etienne (festin de la proumessa o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre les fian\u00e7ailles), le 4\u00b0 \u00e0 St Pons (festin du vent) et le Dimanche de la Passion \u00e0 St Pierre (festin de l\u2019amiti\u00e9) au bord de la mer. Le 25 mars, jour \u2026\/\u2026 de l\u2019Annonciation, il a encore festin \u00e0 Cimi\u00e8s \u2026\/\u2026 De touts c\u00f4t\u00e9s l\u2019on entend les \u00e9clats bruyants du jeu de la mourra, jeu favori de la classe ouvri\u00e8re et des gens de la campagne. Assis au bord d\u2019une table grossi\u00e8re couverte de verres et de bouteilles, chaque joueur frappe du poing la table, et l\u2019\u0153il attentif cherche, en d\u00e9ployant quelques doigts de la main droite \u00e0 lire dans la pens\u00e9e de son adversaire pour deviner le nombre que lui m\u00eame ou son adversaire doit nommer.&nbsp;\u00bb On y entend encore les \u00ab&nbsp;richichi, cris de joie des paysans&nbsp;\u00bb, et l\u2019on y ach\u00e8te la \u00ab&nbsp;gigiola, petit objet que l\u2019on attache \u00e0 la boutonni\u00e8re&nbsp;\u00bb (BRICOGNE 1939: 179 sq). &nbsp;Ces traditions culinaires festives d\u00e9bordaient donc sur la p\u00e9riode de P\u00e2ques et en fait au-del\u00e0, jusqu\u2019au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. Les Confr\u00e9ries du Saint-Esprit, associations charitables, organisaient souvent leurs f\u00eates pour Pentec\u00f4te, comme par exemple \u00e0 Guillestre (HA) o\u00f9 la Confr\u00e9rie du Saint-Esprit proc\u00e9dait \u00e0 un cort\u00e8ge de b\u0153ufs fleuris qui \u00e9taient ensuite mang\u00e9s (VAN GENNEP 1949, I, IV: 1652sq citant Folklore des Hautes Alpes, I, 387-388).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Multiplication-des-pains-Ecole-italienne-17e-siecle-musee-de-Valence-1.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Multiplication-des-pains-Ecole-italienne-17e-siecle-musee-de-Valence-1-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2954\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Multiplication des pains \u00c9cole italienne 17\u00e8me si\u00e8cle Mus\u00e9e de Valence<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV. LES FETES TRADITIONNELLES DU PAIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 pr\u00e9sent aux Saintes Esp\u00e8ces, le pain et le vin, et \u00e0 leur place dans ce calendrier festif populaire qui va donc de l\u2019hiver \u00e0 la fin du printemps, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de Noel \u00e0 Pentec\u00f4te. En ce qui concerne le pain, cet aliment occupe une place centrale dans la symbolique biblique, tant dans l\u2019Ancien que dans le Nouveau Testament. Le Livre du L\u00e9vitique (23,17), ordonne ainsi l\u2019offrande de deux pains lev\u00e9s \u00e0 la f\u00eate de la Pentec\u00f4te, marquant la reconnaissance des premi\u00e8res moissons. La tradition juive accorde cependant une importance particuli\u00e8re au pain sans levain, notamment dans le cadre du culte du Temple. Douze pains azymes, repr\u00e9sentant les douze tribus d\u2019Isra\u00ebl, \u00e9taient dispos\u00e9s chaque semaine sur une table en bois d\u2019acacia recouverte d\u2019or, plac\u00e9e devant l\u2019Arche d\u2019Alliance. Chaque sabbat (chaque semaine), ces pains \u00e9taient renouvel\u00e9s, accompagn\u00e9s d\u2019une offrande d\u2019encens. Les anciens pains \u00e9taient ensuite consomm\u00e9s par les pr\u00eatres (Dictionnaire de th\u00e9ologie 1932). Dans le Nouveau Testament, le pain prend une autre dimension, annonciatrice de l\u2019Eucharistie. Les multiplications des pains, rapport\u00e9es par Matthieu (14,15-21 et 15,32-38), o\u00f9 J\u00e9sus nourrit des foules avec quelques pains et poissons, pr\u00e9figurent ainsi le repas eucharistique, lorsque le pain devient corps du Christ. Du Temple \u00e0 la C\u00e8ne, le pain traverse donc les \u00c9critures. Dans les traditions populaires des Alpes m\u00e9ridionales, il traverse de m\u00eame comme on va le voir l\u2019ensemble de la p\u00e9riode qui va de Noel \u00e0 Pentec\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-pain-calendal-boulangerie-patisserie-lafitau-brignoles-83.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noel-pain-calendal-boulangerie-patisserie-lafitau-brignoles-83-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2936\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Le pain calendal Photo Lafitau Brignoles<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la tradition proven\u00e7ale, comme on l\u2019a vu pr\u00e9c\u00e9demment, on d\u00e9posait sur la table du \u00ab gros souper \u00bb de Noel le grand pain calendal \u2013 \u00ab lou pan Calenda\u00f9, accompagn\u00e9 de trois \u00ab sietoun \u00bb (coupelles) de bl\u00e9. Ce pain \u00e9tait form\u00e9 d\u2019une grande boule centrale entaill\u00e9e en forme de croix, entour\u00e9e de douze petites miches. L\u2019ensemble \u00e9tait cens\u00e9 repr\u00e9senter le Christ entour\u00e9 de ses douze ap\u00f4tres, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la dimension chr\u00e9tienne de la f\u00eate. L\u2019a\u00efeul ou le chef de famille faisait un signe de croix au dos du pain avec la pointe du couteau, puis le partageait en trois parts : l\u2019une destin\u00e9e aux convives, une autre pour les pauvres, et la derni\u00e8re conserv\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e suivante pour prot\u00e9ger la maison et le b\u00e9tail. Le pain calendal ne se limitait pas \u00e0 sa fonction domestique. Dans les communaut\u00e9s littorales, les p\u00eacheurs en emportaient un morceau en mer, jet\u00e9 \u00e0 l\u2019eau en cas de temp\u00eate pour invoquer la protection divine. Les traditions de la Provence \u00e9voquent aussi la pompe \u00e0 l\u2019huile un dessert traditionnel, confectionn\u00e9 aussi \u00e0 l\u2019occasion du gros souper. L\u2019origine du nom et de sa recette provient de la farine de bl\u00e9 qui permettait d\u2019absorber l\u2019huile d\u2019olive r\u00e9siduelle dans les moulins.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Epiphanie.-Mariotto_di_cristofano-1400-1450_ca.-Santa-Felicita-Florence.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Epiphanie.-Mariotto_di_cristofano-1400-1450_ca.-Santa-Felicita-Florence-1024x806.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2939\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Adoration des Rois mages. Mariotto di cristofano, 1400-1450 ca. Santa Felicita (Florence)<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres pains liturgiques \u00e9taient associ\u00e9s \u00e0 des saints ou \u00e0 des moments sp\u00e9cifiques du calendrier. Des textes anciens mentionnent \u00e9galement un \u00ab pain conjur\u00e9 \u00bb, pain d\u2019orge utilis\u00e9 pour le jugement de Dieu dans certaines coutumes judiciaires m\u00e9di\u00e9vales. Ces usages multiples t\u00e9moignent de la richesse symbolique et sacr\u00e9e du pain, v\u00e9ritable trait d\u2019union entre l\u2019aliment quotidien, le spirituel et le rituel festif. Loin d\u2019\u00eatre un simple accompagnement, le pain devient, \u00e0 No\u00ebl, un lien tangible entre l\u2019homme, la communaut\u00e9 et le divin. (MARCHETTI 1683 et CAZELLES, PIROT (Dir.), ROBERT, 1932-1960, s. v. Eucharistie). Pour l\u2019\u00c9piphanie, f\u00eat\u00e9e le 6 janvier soit 12 jours apr\u00e8s Noel, la galette des Rois se pr\u00e9sente en Provence sous l\u2019aspect d\u2019une brioche en forme de couronne recouverte de fruits confits, d\u00e9nomm\u00e9e le g\u00e2teau des rois. Lorsqu\u2019il y a un enfant, celui-ci doit passer sous la table, et d\u00e9signer la personne \u00e0 qui sera donn\u00e9 chaque part. Le g\u00e2teau renferme une f\u00e8ve grill\u00e9e ou un sujet en terre cuite, et celui qui tombe sur la f\u00e8ve ou le sujet devient roi ou reine, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la visite des Rois mages \u00e0 l\u2019enfant J\u00e9sus. Au-del\u00e0 de ces r\u00e9f\u00e9rences chr\u00e9tiennes, l\u2019Epiphanie est aussi le d\u00e9but de la p\u00e9riode o\u00f9 les jours commencent \u00e0 s\u2019allonger de mani\u00e8re d\u00e9sormais perceptible.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Sebatien-Dolceacqua-1994.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Sebatien-Dolceacqua-1994-1024x735.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2937\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Procession de l\u2019arbre aux hosties. Dolceacqua 1994<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Dolceacqua comme \u00e0 Camporossso, deux villages de Ligurie proches de la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, la f\u00eate de la Saint-S\u00e9bastien, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 20 janvier, est toujours marqu\u00e9e par la distribution d\u2019hosties b\u00e9nites. Cette tradition repose sur un d\u00e9tournement symbolique de l\u2019hostie, le pain eucharistique, utilis\u00e9e ici non dans un contexte sacramentel, mais comme un pain rituel de b\u00e9n\u00e9diction. Accroch\u00e9es aux branches d\u2019un grand arbre de laurier, elles sont processionn\u00e9es auparavant dans les rues du village. Cette f\u00eate rend hommage \u00e0 saint S\u00e9bastien, saint invoqu\u00e9 traditionnellement pour se prot\u00e9ger des \u00e9pid\u00e9mies, notamment de la peste. Dans un pass\u00e9 marqu\u00e9 par les maladies collectives, ces hosties faisaient office de pr\u00e9vention symbolique, li\u00e9es \u00e0 la croyance dans les vertus apotropa\u00efques (protectrices) de la b\u00e9n\u00e9diction. Apr\u00e8s la procession, ces hosties sont remises aux fid\u00e8les qui les emportent chez eux, pour les conserver ou les partager avec les membres absents de la famille. Cette pratique montre comment la foi populaire se r\u00e9approprie les symboles religieux pour les int\u00e9grer \u00e0 un quotidien empreint de solidarit\u00e9, de m\u00e9moire collective et de confiance dans les rites anciens. (Voir GIARDELLI 2004).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Chandeleur.-Andrea-Mantegna-1431-1506.-Presentation-du-Christ-au-Temple.-Berlin-Art-Museum.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Chandeleur.-Andrea-Mantegna-1431-1506.-Presentation-du-Christ-au-Temple.-Berlin-Art-Museum-1024x834.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2952\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Andrea Mantegna (1431-1506). Pr\u00e9sentation du Christ au Temple. Berlin Art Museum<\/p>\n\n\n\n<p>Le mois de janvier se termine avec la&nbsp;\u00ab f\u00eate des chandelles \u00bb, la Chandeleur. Marqu\u00e9e par la b\u00e9n\u00e9diction des cierges au moment o\u00f9 les jours continuent \u00e0 s\u2019allonger, cette f\u00eate religieuse chr\u00e9tienne est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 2 f\u00e9vrier, soit 40 jours apr\u00e8s No\u00ebl, un cycle calendaire dont les folkloristes ont relev\u00e9 la similitude avec celui du Car\u00eame. Elle c\u00e9l\u00e8bre la pr\u00e9sentation de J\u00e9sus enfant au Temple et sa reconnaissance par Sym\u00e9on comme \u00abLumi\u00e8re qui se r\u00e9v\u00e8le aux nations\u00bb.. La Chandeleur est g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e \u00e0 la&nbsp;consommation de cr\u00eapes, mais en Provence elles sont remplac\u00e9es par les navettes, de petits biscuits allong\u00e9s, dor\u00e9s et souvent parfum\u00e9s \u00e0 la fleur d\u2019oranger. Il existe en Provence trois sortes de navettes. La navette classique, parfum\u00e9e \u00e0 l\u2019eau de fleur d\u2019oranger, la navette de Marseille, nature, et la navette proven\u00e7ale, plus tendre. Leur nom comme leur forme \u00e9voquent une barque, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une l\u00e9gende locale. Selon cette tradition, les Saintes Maries, Marthe, Marie-Madeleine, ainsi que leurs compagnes Jacob\u00e9, Salom\u00e9, Sarah accompagn\u00e9es de Lazare et d\u2019autres disciples du Christ, bannis de la Terre Sainte pour avoir pr\u00each\u00e9 la nouvelle religion chr\u00e9tienne, auraient d\u00e9barqu\u00e9s en Provence au Ier si\u00e8cle, apportant l\u2019\u00c9vangile sur les rivages de la Provence. La forme des navettes rappellerait donc le bateau des disciples du Christ. Elles \u00e9taient achet\u00e9es par douzaine pour correspondre aux douze mois de l\u2019ann\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Chandeleur.-Marchandes-de-navettes-et-de-cierges-devant-lAbbaye-Saint-Victor-de-Marseille.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Chandeleur.-Marchandes-de-navettes-et-de-cierges-devant-lAbbaye-Saint-Victor-de-Marseille.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2953\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Marchandes de navettes et de cierges devant l\u2019Abbaye Saint-Victor de Marseille<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 La Croix-sur-Roudoule, petit village des Alpes-Maritimes, la f\u00eate de la Pentec\u00f4te vient clore comme ailleurs &nbsp;le cycle pascal. Elle avait pour c\u0153ur un repas convivial, organis\u00e9 avec le concours des deux plus jeunes m\u00e9nages du village, responsables de la pr\u00e9paration de ce repas. Une qu\u00eate de bl\u00e9 effectu\u00e9e aupr\u00e8s des habitants servait \u00e0 confectionner le pain de la f\u00eate, o\u00f9 les villageois se r\u00e9unissaient autour de la \u00ab soupe du Saint-Esprit \u00bb, un plat simple et nourrissant \u00e0 base de haricots, servie avec le pain pr\u00e9cit\u00e9. La c\u00e9l\u00e9bration ne se limitait pas \u00e0 l\u2019aspect culinaire : elle commen\u00e7ait par une messe solennelle, suivie d\u2019une procession religieuse \u00e0 travers les rues du village. Le repas \u00e9tait ensuite b\u00e9ni par le pr\u00eatre. \u00c0 Courth\u00e9zon, dans le Vaucluse, une autre tradition illustre le lien profond entre pratiques agricoles et c\u00e9l\u00e9brations religieuses \u00e0 ces m\u00eames dates. D\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle par Achard (ACHARD 1787, I, 207 in DURET 1981: 48 et BAILLY 1988) cette f\u00eate a \u00e9t\u00e9 remise au gout du jour au 1\u00b0 dimanche de juin, une p\u00e9riode correspondant \u00e0 la maturation du raisin. La c\u00e9l\u00e9bration comprenait une messe solennelle, baptis\u00e9e \u00ab messe du vin et du bl\u00e9 \u00bb, o\u00f9 les deux denr\u00e9es, fruits embl\u00e9matiques de la terre proven\u00e7ale, \u00e9taient l\u00e0 aussi b\u00e9nies par l\u2019officiant. Ces f\u00eates traduisent \u00e0 nouveau l\u2019importance des cycles agricoles pour la communaut\u00e9 autour d\u2019un moment o\u00f9 se conjuguent patrimoine religieux, terroir et m\u00e9moire collective.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>V. LES FETES TRADITIONNELLES DU VIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le vin de messe occupe une place tout aussi essentielle que le pain dans la liturgie chr\u00e9tienne, puisqu\u2019il symbolise le sang du Christ lors de l\u2019Eucharistie. Cette c\u00e9r\u00e9monie trouve son origine dans les \u00c9vangiles, lorsque J\u00e9sus, pendant le repas de la C\u00e8ne, partage le pain et le vin avec ses disciples en disant : \u00ab&nbsp;<em>Prenez et buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l\u2019Alliance<\/em>&nbsp;\u00bb (Matthieu 26, 27-28). Depuis le XVe si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise catholique utilise principalement du vin blanc, notamment pour des raisons pratiques (moindre risque de tacher les linges sacr\u00e9s), tandis que les \u00c9glises d\u2019Orient ont conserv\u00e9 l\u2019usage plus symbolique du vin rouge, rappelant plus explicitement la couleur du sang du Christ. Il est imp\u00e9ratif par ailleurs que le vin utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019autel soit issu de la vigne et parfaitement ferment\u00e9. Certains t\u00e9moignages anciens \u00e9voquent toutefois l\u2019offrande de \u00ab&nbsp;vin nouveau&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de jus de raisin fra\u00eechement press\u00e9, mais cet usage est aujourd\u2019hui interdit, car il ne r\u00e9pond pas aux crit\u00e8res de fermentation requis par le droit canon.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noces-de-Cana-Duccio_di_Buoninsegna-1308-1311-museo-del-duomo-1.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Noces-de-Cana-Duccio_di_Buoninsegna-1308-1311-museo-del-duomo-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2940\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Noces de Cana Duccio di Buoninsegna (1308-1311) Milan, Museo del Duomo<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pisode des noces de Cana est souvent interpr\u00e9t\u00e9 lui aussi comme une pr\u00e9figuration du banquet messianique (Jean 2 1-11)&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;En ce temps-l\u00e0, il y eut un mariage \u00e0 Cana de Galil\u00e9e. La m\u00e8re de J\u00e9sus \u00e9tait l\u00e0. J\u00e9sus aussi avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 au mariage avec ses disciples.&nbsp;Or, on manqua de vin. La m\u00e8re de J\u00e9sus lui dit : \u00ab Ils n\u2019ont pas de vin. \u00bb J\u00e9sus lui r\u00e9pond : \u00ab Femme, que me veux-tu ? Mon heure n\u2019est pas encore venue. \u00bb Sa m\u00e8re dit \u00e0 ceux qui servaient : \u00ab Tout ce qu\u2019il vous dira, faites-le. \u00bb Or, il y avait l\u00e0 six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux \u00e0 trois mesures (c\u2019est-\u00e0-dire environ cent litres). J\u00e9sus dit \u00e0 ceux qui servaient : \u00ab Remplissez d\u2019eau les jarres. \u00bb Et ils les remplirent jusqu\u2019au bord. Il leur dit : \u00ab Maintenant, puisez, et portez-en au ma\u00eetre du repas. \u00bb Ils lui en port\u00e8rent. Et celui-ci go\u00fbta l\u2019eau chang\u00e9e en vin. Il ne savait pas d\u2019o\u00f9 venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puis\u00e9 l\u2019eau. Alors le ma\u00eetre du repas appelle le mari\u00e9 et lui dit : \u00ab Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gard\u00e9 le bon vin jusqu\u2019\u00e0 maintenant. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Marc-Confrerie-de-Villeneuve-dAvignon.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Marc-Confrerie-de-Villeneuve-dAvignon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2956\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Confr\u00e9rie de la Saint Marc de Villeneuve d\u2019Avignon<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de traditions populaires, un ensemble important de f\u00eates consacr\u00e9es au vin se tenaient en Provence lors de la Saint-Vincent et de la Saint-S\u00e9bastien, les 20 et 21 janvier, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de la Saint-Marc le 25 avril. Les vignerons proven\u00e7aux, regroup\u00e9s en Confr\u00e9ries, ordres \u201cbacchiques\u201d, soci\u00e9t\u00e9s de buveurs et autres \u00ab&nbsp;rassemblements de la grappe&nbsp;\u00bb \u00e9taient les acteurs de ces traditions. Saint Marc, par suite d\u2019un jeu de mot sur son nom, et \u00e0 cause de la date de sa f\u00eate qui co\u00efncidait avec la pousse de la vigne et les c\u00e9r\u00e9monies agraires des Rogations \u00e9tait en Provence et au-del\u00e0 le saint patron des vignerons. Il partageait cette fonction avec saint Vincent, pour des raisons analogues, un jeu de mot sur son nom et la date de sa f\u00eate, qui est aussi le jour de la taille des sarments. Les dictons associent ainsi le beau temps du 22 janvier \u00e0 une promesse de bonnes vendanges: \u201cA la Saint-Vincent le vin monte au sarment. Saint-Vincent clair et beau mets du vin au tonneau. Prends garde au jour de Saint-Vincent car si ce jour tu vois et sens que le soleil est clair et beau nous aurons plus de vin que d\u2019eau\u201d\u2026.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/St.-Vincent-St.-Catherine-of-Alexandria-and-St.-Anthony-of-Padua.Antoniazzo-Romano-1430%E2%80%931508.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/St.-Vincent-St.-Catherine-of-Alexandria-and-St.-Anthony-of-Padua.Antoniazzo-Romano-1430%E2%80%931508.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2955\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>St. Vincent et la barque, avec St. Catherine d\u2019Alexandrie et St. Antoine de Padoue. Antoniazzo Romano (1430\u20131508). Eglise de Montefalco<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent aurait \u00e9t\u00e9 martyris\u00e9 \u00e0 Valence, en Espagne, sur l\u2019\u00eelot qui porte son nom \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du port, et livr\u00e9 au b\u00fbcher, ou plut\u00f4t mis \u00e0 cuire sur un grill. Son cadavre, auquel on refusa de donner une s\u00e9pulture fut abandonn\u00e9 aux loups, chass\u00e9s par un corbeau qui leur creva les yeux. A Collioures, \u00e0 l\u2019ouest de la Provence, on processionnait de puis le moyen-\u00e2ge la barque d\u2019un saint patron des navigateurs du m\u00eame nom. A l\u2019approche des Sarrasins son corps aurait en effet \u00e9t\u00e9 embarqu\u00e9 sur un bateau qui s\u2019\u00e9choua au Portugal, au cap qui porte son nom pr\u00e9s du Promontoire Sacr\u00e9 de l\u2019Algarve, accompagn\u00e9 de ces m\u00eames corbeaux. Sa d\u00e9pouille fut d\u00e9s lors conserv\u00e9e \u00e0 Lisbonne, qui a gard\u00e9 pour blason l\u2019image du saint dans sa barque avec deux corbeaux perch\u00e9s. Ses attributs sont une meule de moulin, le corbeau et le grill, le navire et la grappe de raisin (R\u00c9AU 1958 citant Saint Augustin et Prudence et des sources folkloriques).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Vincent-Retable-de-la-Chapelle-de-Colioure.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Vincent-Retable-de-la-Chapelle-de-Colioure-1024x731.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2957\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Saint Vincent Retable de la Chapelle de Colioure<\/p>\n\n\n\n<p>La Saint-Vincent n\u2019\u00e9tait pas seulement une f\u00eate des vignerons. Elle poss\u00e9dait en effet de fortes connotations carnavalesques. On organisait ainsi un grand repas avec la viande des cochons que l\u2019on venait de tuer (La Robine sur Galabre: DURET 1981: 23), et l\u2019on faisait&nbsp;<em>ran\u00e7oun<\/em>, c\u2019est \u00e0 dire que les femmes renversaient les hommes la t\u00eate en bas jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils promettent de leur offrir un go\u00fbter. L\u2019inverse \u00e9tait pratiqu\u00e9 la veille, pour la Sainte-Agn\u00e8s, vers la m\u00eame date, comme nous l\u2019apprennent les dictons: \u00ab&nbsp;Pour la Saint-Vincent on pend les hommes par les dents, Pour la Sainte-Agn\u00e8s on pend les filles par les pieds&nbsp;\u00bb\u2026 ou plus probablement par les fesses (Saint-Paul-sur-Ubaye: SEIGNOLLE 1967: 241-242). A Apt, toujours en Provence, une procession nocturne de deux charrettes portait un homme \u00e0 cheval sur un tonneau et un fagot destin\u00e9 au bucher, accompagn\u00e9 des \u201cfassailles\u201d, de danses et de chants. Il s\u2019agit l\u00e0 des caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux de la f\u00eate, telle qu\u2019elle apparait d\u00e9j\u00e0 dans la description que donne Giberti de la Saint-Vincent de Bonnieux au XVIII\u00b0 si\u00e8cle: \u00ab&nbsp;F\u00eate des fassailles\u2026 jour auquel on re\u00e7oit le Viguier\u2026 avec sa fassaille allum\u00e9e, sous peine d\u2019avoir la pagelle, qui est une po\u00eale \u00e0 frire dont on donne sur le cul aux contrevenants\u2026 Les fassailles (sont des) sortes de torches\u2026 garnies de morceaux de bois r\u00e9sineux, comme le pin, le sapin&nbsp;\u00bb (BAILLY 1988). L\u2019intronisation du Viguier donnait lieu \u00e0 une procession qu\u2019accompagnaient deux compagnies de bravadeurs (nomm\u00e9s mousquetaires ou fusiliers).&nbsp; A Roussillon, dans le Vaucluse, les jeunes gens, en procession aux flambeaux faisaient la tourn\u00e9e des caves, se rendant chez tous ceux qui portaient le pr\u00e9nom de Vincent afin qu\u2019ils leur paient \u00e0 boire (SEIGNOLLE 1967: 242)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Danse-de-la-souche-1930-Cannes-Archives-municipales.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Danse-de-la-souche-1930-Cannes-Archives-municipales.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2941\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Danse de la souche 1930 Cannes Archives municipales<\/p>\n\n\n\n<p>Ces descriptions de la Saint-Vincent rejoignent par ailleurs par bien des aspects celles de l\u2019embl\u00e9matique danse de la souche de la Saint-Marc, une f\u00eate o\u00f9 se m\u00ealent sacr\u00e9 et profane dans le cadre d\u2019un riche syncr\u00e9tisme festif et calendaire. La Saint-Marc de Villeneuve-l\u00e8s-Avignons, est attest\u00e9e au moyen-\u00e2ge: \u00ab&nbsp;Une vieille coutume\u2026 veut que d\u00e8s que la vigne pousse on arrache le plus beau cep du pays et qu\u2019on le porte \u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 il re\u00e7oit la b\u00e9n\u00e9diction du cur\u00e9\u2026 La souche est enguirland\u00e9e de rubans et de fleurs et un jeune paysan\u2026 la porte sur l\u2019\u00e9paule\u2026 De temps en temps la procession s\u2019arr\u00eate et l\u2019on danse la Danse de la Souche\u2026 Le soir venu la souche est br\u00fbl\u00e9e dans un immense feu de joie&nbsp;\u00bb, marquant la fin de la procession et l\u2019entr\u00e9e symbolique dans la saison nouvelle. (AUBANEL 1870 in CLEBERT 1982: 82). De nos jours, la f\u00eate d\u00e9bute par une distribution de pain b\u00e9nit. Document\u00e9e notamment par Bailly 1988, cette f\u00eate est une illustration vivante de la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s rurales ont su combiner les rituels chr\u00e9tiens avec les anciens rites li\u00e9s aux saisons et \u00e0 l\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Danse-de-la-souche-Villeneuve-les-Avignon-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Danse-de-la-souche-Villeneuve-les-Avignon-1900-1024x850.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2942\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Danse de la souche Villeneuve-les-Avignon 1900<\/p>\n\n\n\n<p>A Maillane et Barbentane, lors des arr\u00eats du cort\u00e8ge, on pratiquait ainsi le \u00ab&nbsp;jeu du plante-vigne&nbsp;\u00bb, qui consistait \u00e0 un simulacre de mise en terre d\u2019un cep de vigne le long d\u2019un cordeau (CLEBERT 1982). La statue du saint portait \u00e0 la main des grappes de la derni\u00e8re vendange (Pertuis: BAILLY 1988), ou un \u201cchapeau\u201d fait d\u2019une couronne de rameaux de vignes et de cognassier, et l\u2019Abb\u00e9, roi des vignerons, le suspendait \u00e0 la fa\u00e7ade de sa maison. A Visan, dans le Vaucluse, comme \u00e0 Seguret, la f\u00eate de la Saint-Vincent se tient toujours mais en \u00e9t\u00e9, le 3\u00b0 dimanche de juillet. La Confr\u00e9rie des vignerons se rend \u00e0 la chapelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Notre-Dame des Vignes o\u00f9 se d\u00e9roulent la procession et la danse de la souche. Orn\u00e9e de fleurs et de grappes, elle sera br\u00fbl\u00e9e par les jeunes filles en arrivant au village (CLEBERT 1982 &amp; BAILLY 1988). &nbsp;A Allemagne en Provence (Alpes de Haute Provence) on f\u00eate toujours la Saint-Marc le dernier dimanche d\u2019avril. La veille au soir est allum\u00e9 un b\u00fbcher. A c\u00f4t\u00e9 de la danse de la souche, on dansait aussi les \u201csonnettes\u201d, une danse qu\u2019ex\u00e9cutaient deux hommes portant des grelots attach\u00e9s aux pieds (Saint Saturnin d\u2019Apt: BAILLY 1988).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CONCLUSION&nbsp;: LE SAINT VINAGE ET LE PAIN DU PAUVRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Vinage-Anonyme-chapelle-St-Antoine-de-Clans-15%C2%B0-siecle.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-Vinage-Anonyme-chapelle-St-Antoine-de-Clans-15%C2%B0-siecle.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2943\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Illustration&nbsp;: Fresque du 15\u00b0 si\u00e8cle de la chapelle Saint Antoine le Grand \u00e0 Clans (Alpes Maritimes) repr\u00e9sentant Saint Antoine portant aux malades un flacon de Saint Vinage. Photo Paul Smit<\/p>\n\n\n\n<p>Le Saint-Vinage de Boulbon se d\u00e9roule dans la chapelle Saint-Marcellin de ce village des Bouches-du-Rh\u00f4ne. Les festivit\u00e9s commencent le 1er juin, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, et excluent toute pr\u00e9sence f\u00e9minine. Seuls les hommes s\u2019entassent dans la chapelle du saint, une bouteille emplie de vin \u00e0 la main. Le garde champ\u00eatre de la commune apporte de son c\u00f4t\u00e9 un panier de bouteilles r\u00e9serv\u00e9es au clerg\u00e9 et \u00e0 la municipalit\u00e9. Lors de la messe on lit les \u00abNoces de Cana\u00bb de l\u2019\u00c9vangile selon Jean, puis le pr\u00eatre prononce : \u00abDurb\u00e8s vosti fiolo p\u00e8r la benedicioun dou vin di malaut\u00bb. Les participants brandissent alors leur bouteille pour la b\u00e9n\u00e9diction et en boivent une rasade car ce vin est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 souverain contre toute maladie.<strong>&nbsp;<\/strong>Cette f\u00eate proven\u00e7ale est plac\u00e9e sous le patronage d\u2019un saint Marcellin r\u00e9put\u00e9 \u00eatre \u00abbon p\u00e8r l\u2019aigo et bon p\u00e8r lou vin\u00bb. Fernand Benoit (1933) sugg\u00e8re qu\u2019il pourrait s\u2019agir de Marcel, \u00e9v\u00eaque de Die vers 463, patron de la ville voisine de Barjols o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre comme on l\u2019a vu la f\u00eate des Tripettes en son honneur depuis 1350.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-vinage-chant-de-loffice.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Saint-vinage-chant-de-loffice.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2958\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Le Saint Vinage est originellement un vin produit par l\u2019abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois, lequel \u00e9tait mis en contact \u00e0 l\u2019Ascension avec les ossements de Saint Antoine, et ing\u00e9r\u00e9 ensuite par gouttes ou administr\u00e9 localement. Il s\u2019agit d\u2019un rem\u00e8de contre l\u2019ergotisme, mal des ardents ou Feu de saint Antoine, qui avec la l\u00e8pre, la peste et la syphilis, est au nombre des quatre grands fl\u00e9aux qui ont d\u00e9vast\u00e9 le Moyen \u00e2ge. Ce n\u2019est qu\u2019au xviie si\u00e8cle que cette maladie est associ\u00e9e \u00e0 la consommation de pain contamin\u00e9 par l\u2019ergot du seigle (un champignon nomm\u00e9&nbsp;<em>Claviceps purpurea<\/em>). Ces attaques cryptogamiques \u00e9taient vraisemblablement cons\u00e9cutives \u00e0 un hiver froid et sec, suivi d\u2019un printemps chaud et humide, entra\u00eenant de mauvaises r\u00e9coltes. La disette qui s\u2019ensuivait incitait alors les meuniers et les paysans \u00e0 moudre tous les grains, y compris ceux qui \u00e9taient g\u00e2t\u00e9s. C\u2019est ainsi que de grandes quantit\u00e9s d\u2019alcalo\u00efdes toxiques \u00e9taient introduites dans les c\u00e9r\u00e9ales alimentaires.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/A-Techniques-et-cultures.-Dynamique-des-pratiques-alimentaires.-CNRS.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/A-Techniques-et-cultures.-Dynamique-des-pratiques-alimentaires.-CNRS.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2930\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ACHARD Claude Fran\u00e7ois 1787. Dictionnaire de la Provence et du comte venaissin, Mossy Ed.<br>BAILLY, R., BONTEMPELLI, G., 1988. Confr\u00e9ries vigneronnes et ordres bachiques en Provence, Aix-en-Provence, Edisud<br>BENOIT Fernand 1933. Le Saint-Vinage, Revue de folklore, Paris<br>B\u00c9RENGER F\u00c9RAUD Laurent Jean Baptiste 1885. 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