{"id":7609,"date":"2023-12-22T16:00:49","date_gmt":"2023-12-22T14:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7609"},"modified":"2023-12-27T12:47:33","modified_gmt":"2023-12-27T10:47:33","slug":"bestiaire-et-insularite","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7609","title":{"rendered":"Le bestiaire des \u00eeles"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"620\" height=\"877\" src=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Imagimer.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7617\" style=\"width:294px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Imagimer.jpg 620w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Imagimer-212x300.jpg 212w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Imagimer-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 620px) 100vw, 620px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Robert Castellana 1997. Le bestiaire, les \u00eeles et la mer. Cr\u00e9ations fantastiques \/ Cr\u00e9ations mythiques, Actes du Colloque d&rsquo;Anthropologie maritime, CNRS, mai 1997, Paris, CETMA, coll. Ketos, 2002, pp.55-66<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CASTELLANA-R.-1997.-Le-bestiaire-les-iles-et-la-mer.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"411\" height=\"380\" src=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/logo-pdf-2.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-7642\" style=\"width:71px;height:auto\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>ABSTRACT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude prolonge une pr\u00e9c\u00e9dente communication relative \u00e0 la toponymie de plusieurs centaines d\u2019\u00eeles et \u00eelots situ\u00e9s aux alentours de la p\u00e9ninsule italienne (Castellana, 1995, compte rendu d&rsquo;une recherche men\u00e9e pour le compte du Mus\u00e9e R\u00e9gional d&rsquo;Anthropologie de la Corse) dans laquelle nous mettions en perspective les noms donn\u00e9s \u00e0 ces \u00eeles et les interpr\u00e9tations et l\u00e9gendes qui s&rsquo;y rattachent. Derri\u00e8re la diversit\u00e9 du mat\u00e9riau recueilli, nous remarquions alors l&rsquo;\u00e9tonnante permanence et diffusion d&rsquo;une grande partie de ces toponymes. Dans le cadre g\u00e9ographiquement restreint de cette investigation, deux grandes cat\u00e9gories semblaient se d\u00e9gager de ce \u00ab\u00a0vocabulaire\u00a0\u00bb des \u00eeles, les \u201c\u00eeles aux saints\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0\u00eeles aux b\u00eates\u00a0\u00bb, une typologie dont nous nous contentions alors de signaler la dimension anthropologique. Il existe en effet un bestiaire et une hagiographie sp\u00e9cifiquement insulaires qui s&rsquo;inscrivent dans le cadre d&rsquo;une colonisation chr\u00e9tienne des \u00eeles d\u2019Occident, un temps fort et m\u00e9connu des premiers si\u00e8cles de l\u2019Evang\u00e9lisation. Les mat\u00e9riaux comparatifs que nous avons pu rassembler constituent l&rsquo;objet de cet article. Ils sembleraient montrer que le christianisme a entretenu d\u00e8s l&rsquo;origine des liens \u00e9troits avec le monde de la mer, comme en attestent par ailleurs les \u00e9tonnantes navigations, mystiques ou fun\u00e9raires, dont l&rsquo;hagiographie offre plus d&rsquo;un exemple, et qui ne sont pas sans rapports avec notre propos (Castellana, 1997, pour une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e de ce th\u00e8me). Nous nous attachons ici \u00e0 mettre en parall\u00e8le le bestiaire des \u00eeles avec celui du monde de la mer, afin d&rsquo;en d\u00e9gager les caract\u00e9ristiques communes. Nous pensons montrer ainsi que la mer, vecteur de contact et civilisation, a fortement contribu\u00e9 \u00e0 la naissance de l&rsquo;universalisme qui assura le succ\u00e8s du message chr\u00e9tien, et que l&rsquo;\u00eele, par sa position interm\u00e9diaire et m\u00e9diatrice, entre la terre source de culture et les eaux primordiales et indiff\u00e9renci\u00e9es, a offert un point de vue privil\u00e9gi\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une cosmologie renouvel\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DES ILES \u201cMALEFICIEES\u201d<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le riche l\u00e9gendaire des \u00eeles europ\u00e9ennes, un th\u00e8me domine tr\u00e8s largement, celui de la pr\u00e9sence d\u2019un bestiaire venimeux et reptilien qu\u2019un saint, le plus souvent ermite ou anachor\u00e8te, exorcise ou expulse avant d&rsquo;y fonder un monast\u00e8re. Au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, le folkloriste fran\u00e7ais Paul S\u00e9billot<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[i]<\/a> avait donn\u00e9 une description d\u00e9taill\u00e9e de ce motif l\u00e9gendaire, qui mettait tr\u00e8s nettement l&rsquo;accent sur la dimension hagiographique de l&rsquo;ensemble du corpus. Si, au travers des exemples rassembl\u00e9s par S\u00e9billot, le motif des \u00eeles \u201cmal\u00e9fici\u00e9es\u201d et de leur exorcisme appara\u00eet \u00e9troitement tributaire de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation, la r\u00e9union de mat\u00e9riaux comparatifs montre cependant que ce m\u00eame th\u00e8me est aussi attest\u00e9 d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[ii]<\/a>. Les Grecs nommaient en effet <em>Ophiusa, <\/em>du mot<em> ophis<\/em>, serpent, des \u00eeles caract\u00e9ris\u00e9es par la profusion de reptiles. Nous en avons retrouv\u00e9 la trace tout au long des c\u00f4tes, et m\u00eame des fleuves, sur les itin\u00e9raires maritimes qui relient, depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, la M\u00e9diterran\u00e9e orientale \u00e0 l&rsquo;Atlantique Nord. Parmi les antiques <em>Ophiusa<\/em> du monde grec, on a plus particuli\u00e8rement conserv\u00e9 le souvenir des \u00eeles de l&rsquo;archipel des Bal\u00e9ares,<em> Ibiza<\/em> et <em>Formentera<\/em>. Aussi nomm\u00e9es <em>Colubraria<\/em>, les \u201c\u00eeles aux couleuvres\u201d, elles \u00e9taient connues de longue date pour leurs reptiles. Les textes antiques les d\u00e9crivent en des termes curieusement oppos\u00e9s, une ambivalence constitutive de notre propos&nbsp;: \u201c&nbsp;Sur l&rsquo;\u00eele Ebusos (\u2026) les animaux malfaisants y sont inconnus, m\u00eame ceux qu&rsquo;on peut apprivoiser, car non seulement elle n&rsquo;en produit aucun, mais ceux qu&rsquo;on y transporte d&rsquo;ailleurs n&rsquo;y vivent pas.&nbsp;\u201d <em>(Pomponius Mela : II, 125)<\/em>.&nbsp; Outre l&rsquo;allusion \u00e0 ces \u00ab\u00a0animaux malfaisants\u00a0\u00bb, que l&rsquo;on aurait pu (on se demande pourquoi&nbsp;?) apprivoiser et introduire sur les \u00eeles, la suite du r\u00e9cit nous apprend que: \u201c&nbsp;En face d&rsquo;Ebusos est Colubraria, remplie de toutes sortes de serpents dangereux qui la rendent inhabitable. Il y a pour ceux qui veulent y descendre moyen de se pr\u00e9server de toute attaque, poursuit le g\u00e9ographe romain Pomponius Mela, c&rsquo;est de former autour d&rsquo;eux une enceinte avec de la terre d&rsquo;Ebusos. Car alors ces reptiles, pr\u00eats \u00e0 s&rsquo;\u00e9lancer sur ceux qu&rsquo;ils rencontrent, s&rsquo;enfuient \u00e9pouvant\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aspect de cette terre qu&rsquo;ils redoutent comme du poison.&nbsp;\u201d <em>(Pomponius Mela&nbsp;: II, 125)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;ILE AUX SERPENTS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on examine le corpus relatif aux animaux qui composent le bien curieux bestiaire de l\u2019insularit\u00e9, le r\u00e8gne reptilien semblerait y occuper une place centrale, dans la continuit\u00e9 des traditions antiques. Serpents, grenouilles et dragons en constituent les figures principales. Parfois, mais tr\u00e8s rarement, ces \u00eeles peuvent m\u00eame porter le nom du serpent, comme par exemple ces \u00eelots sardes appel\u00e9s <em>Bisce<\/em> (couleuvres) ou <em>Serpentara<\/em> (serpents). C\u2019est probablement par une \u00e9vidente analogie avec la morsure du serpent que ce bestiaire englobe l\u2019ensemble des animaux venimeux\u00a0: des insectes tout d\u2019abord, comme la fourmi et surtout l\u2019araign\u00e9e. Dans sa plus grande extension, le bestiaire insulaire du venin inclue jusqu\u2019au chien enrag\u00e9 (S\u00e9billot, 1906). Les Actes des Ap\u00f4tres (Delebecque, 1982\u00a0: 136) repr\u00e9sentent la premi\u00e8re mention chr\u00e9tienne de ce th\u00e8me. On y apprend que saint Paul et ses compagnons firent naufrage sur l&rsquo;\u00eele de Malte\u00a0: \u201c\u00a0Comme Paul avait ramass\u00e9 une bonne quantit\u00e9 de petit bois et l&rsquo;avait mis sur le feu, sous l&rsquo;effet de la chaleur une vip\u00e8re en sortit et s&rsquo;attacha \u00e0 sa main (\u2026) Lui, alors, secoua dans le\u00a0 feu la vip\u00e8re et ne subit aucun mal\u00a0\u00bb, poursuit le texte, et ce voyant (\u2026) tous les habitants de l&rsquo;\u00eele atteints de maladie s&rsquo;approchaient \u00e0 leur tour et ils trouvaient leur gu\u00e9rison. \u00a0\u201dLa l\u00e9gende de Malte s&rsquo;accompagnera jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours de l&#8217;emploi m\u00e9dical des \u201clangues\u201d de pierre et de celui de la \u201cterre de Malte\u201d, dont les usages th\u00e9rapeutiques rel\u00e8vent pleinement de ceux que mentionnaient le r\u00e9cit de Pomponius Mela. A cette tradition se rattache celle des \u201cenfants de saint Paul\u201d, dont on dit dans tout le Sud italien qu&rsquo;ils ne craignent pas le venin des serpents, parce qu&rsquo;ils naissent lors de la f\u00eate du saint. Ou encore le riche ensemble rituel bien connu sous le nom de Tarentisme, un exorcisme chr\u00e9tien de la morsure de l&rsquo;araign\u00e9e qui rev\u00eat les formes surprenantes d&rsquo;une transe musicale (Demartino, 1966). <\/p>\n\n\n\n<p>Cette tradition ne concerne pas seulement les \u00eeles en mer mais aussi celles situ\u00e9es sur les lacs et les fleuves du continent. Au Nord de l&rsquo;Italie, dans la r\u00e9gion des grands lacs, l&rsquo;\u00eele <em>d&rsquo;Orta<\/em>, passe ainsi pour \u00eatre envahie par les serpents lorsqu&rsquo;y aborde saint Giulio, qui fut avec son compagnon Giuliano l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisateur du lieu, autour du Ve\u00a0si\u00e8cle. Les deux ap\u00f4tres avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9rig\u00e9 quatre vingt dix neuf \u00e9glises. Ils songeaient \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 installer, dans leur centi\u00e8me fondation, la tombe o\u00f9 ils reposeraient bient\u00f4t. Ils choisirent pour cela la petite \u00eele, inhabit\u00e9e car infest\u00e9e de serpents. Le reptile appara\u00eet explicitement ici comme l&rsquo;antique <em>genius locii<\/em>, le g\u00e9nie des lieux, dont la s\u00e9pulture chr\u00e9tienne vient conforter la dimension ancestrale et fun\u00e9raire. Pour mettre en \u0153uvre l&rsquo;exorcisme fondateur, le saint s&rsquo;adressa en ces termes aux monstres qui infestaient l&rsquo;\u00eele\u00a0: \u201c\u00a0Voici trop longtemps que vous occupez ce rocher d\u00e9sol\u00e9, et je vous ordonne, au nom du P\u00e8re du Fils et du Saint Esprit, de vous en aller et de laisser ce lieu pour que moi, serviteur du Christ, y habite et y \u00e9difie au nom du Seigneur une \u00e9glise d\u00e9di\u00e9e aux douze Ap\u00f4tres.\u00a0\u201d <em>(L\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale rapport\u00e9e par Canestro-Ghiovenda, 1963)<\/em>.\u00a0 Il convient de noter que les deux \u00e9vang\u00e9lisateurs saint Giulio et saint Giuliano \u00e9taient eux aussi des insulaires venant de l&rsquo;\u00eele grecque d&rsquo;Egine, o\u00f9 l&rsquo;exorcisme des serpents est connu depuis la plus haute antiquit\u00e9. La l\u00e9gende d&rsquo;Eaque, fils d&rsquo;Egine, enlev\u00e9e et abus\u00e9e par Zeus, rapporte que cette naissance adult\u00e9rine provoqua la jalousie d&rsquo;Hera, qui introduisit des serpents sur l&rsquo;\u00eele. Ils se multipli\u00e8rent, causant s\u00e9cheresse et famine, et empoisonnant les cours d&rsquo;eaux. Eaque supplia alors son p\u00e8re aupr\u00e8s d&rsquo;un ch\u00eane sacr\u00e9 et une pluie diluvienne s&rsquo;abattit noyant les reptiles. Ce r\u00e9cit mythique introduit par ailleurs un nouveau personnage, qui vient enrichir le bestiaire insulaire. Il s&rsquo;agit d&rsquo;hommes-fourmis issus du m\u00eame ch\u00eane et qui, \u00e0 la pri\u00e8re d&rsquo;Eaque, repeupl\u00e8rent\u00a0 l&rsquo;\u00eele \u201cmal\u00e9fici\u00e9e\u201d. Au large de la c\u00f4te Toscane, comme en Provence, ces fourmis, ou <em>Formiche,<\/em> d\u00e9signent dans la toponymie des \u00eeles de petits r\u00e9cifs immerg\u00e9s particuli\u00e8rement redout\u00e9s de tous les marins. Au Sud de l\u2019Italie, comme en Corse, sont aussi rapport\u00e9s un grand nombre de r\u00e9cits relatifs \u00e0 des villages d\u00e9sert\u00e9s parce qu&rsquo;envahis par des fourmis&#8230;\u00a0 L&rsquo;\u00eele d&rsquo;Orta restera le si\u00e8ge d&rsquo;un important p\u00e8lerinage aux connotations explicitement reptiliennes, au cours duquel on menait en procession un dragon conserv\u00e9 dans la chapelle de l&rsquo;\u00eele, au moment des Rogations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SERPENTS ET DRAGONS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00eele Tiberine est une \u00eele elle aussi bien connue du monde antique \u00e0 cause de ses serpents. Elle abritait un temple d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Esculape, le dieu de la m\u00e9decine. Les malades venaient y passer la nuit dans l&rsquo;attente d&rsquo;un r\u00eave, <em>incubatio<\/em>, qui leur d\u00e9livrerait un conseil \u201cm\u00e9dical\u201d, le dieu d&rsquo;\u00c9pidaure s&rsquo;y manifestant aux fid\u00e8les sous la forme d&rsquo;un serpent. C&rsquo;est au IIIe\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 s\u00e9vissait une grande \u00e9pid\u00e9mie, qu&rsquo;on aurait rapport\u00e9 le serpent sacr\u00e9 du grand sanctuaire d&rsquo;Orient. S&rsquo;\u00e9tant embarqu\u00e9, de son plein gr\u00e9, dans le navire qui devait le conduire \u00e0 Rome, le reptile aurait choisi de lui-m\u00eame de s&rsquo;installer sur l&rsquo;\u00eele romaine, o\u00f9 sera b\u00e2ti son sanctuaire, mettant ainsi fin aux progr\u00e8s de la maladie. Ce r\u00e9cit antique (cit\u00e9 par Dum\u00e9zil, 1966\u00a0: 430), outre qu&rsquo;il atteste l&rsquo;existence de ce motif dans le monde romain, en r\u00e9v\u00e8le de surcro\u00eet l&rsquo;origine. Si les serpents se trouvent sur les \u00eeles c&rsquo;est qu&rsquo;ils y furent import\u00e9s des grands sanctuaires orientaux et leur pr\u00e9sence y relevait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence du sacr\u00e9. On s&rsquo;explique mieux les raisons qui pouss\u00e8rent les moines \u00e0 faire de leur expulsion et de leur exorcisme l&rsquo;indispensable pr\u00e9liminaire \u00e0 leur installation. Le r\u00e9cit de l&rsquo;\u00eele Tib\u00e9rine \u00e9claire aussi, dans ses d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs, sur le sens et le d\u00e9tail de la christianisation du th\u00e8me antique. Paul, moine du Mont Cassin, et avec lui, Gr\u00e9goire de Tours, \u00e9crivent en effet qu&rsquo;\u00e0 Rome\u00a0: \u201c\u00a0Du temps du Pape P\u00e9lage il y eut une telle inondation dans l&rsquo;Italie que les eaux mont\u00e8rent jusqu&rsquo;aux fen\u00eatres sup\u00e9rieures du temple de N\u00e9ron. Alors de par le Tibre remonta une multitude de serpents, parmi lesquels \u00e9tait un immense dragon [semblable \u00e0 une grosse poutre, pr\u00e9cise Gr\u00e9goire\/ dont le souffle ou la respiration corrompit l&rsquo;air, d&rsquo;o\u00f9 r\u00e9sulta la peste inguinale, ou enflure de l&rsquo;aine\u2026] Alors le Pape P\u00e9lage prescrivit \u00e0 tous un jeune ou une procession. Mais pendant la procession, le pontife mourut lui m\u00eame avec 70 autres. Gr\u00e9goire 1er, surnomm\u00e9 le Grand, lui succ\u00e9da et ordonna que cette litanie fut pratiqu\u00e9e dans tout le monde chr\u00e9tien<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[iii]<\/a>.\u00a0\u201d Cette invasion reptilienne passe ainsi pour \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine de la bien curieuse coutume de ces dragons pr\u00e9sents dans les processions des litanies dites de saint Marc (ou de saint Georges, un saint au dragon) ou, quelques jours plus tard, lors des f\u00eates des Rogations. Les reptiles qui infestent les \u00eeles ont d\u2019ailleurs souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits sous l&rsquo;aspect fantastique d\u2019un dragon. <\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des multiples influences qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la gen\u00e8se de ce personnage hybride il faut rappeler que l\u2019\u00e9tymologie grecque, <em>draco<\/em>, d\u00e9signe le serpent du culte, par opposition au terme <em>ophis<\/em>, se rapportant plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 tous les serpents. L\u2019\u00eele de <em>Fulchiera<\/em>, sur le lac <em>Gerundo <\/em>pr\u00e9s de Bergame, aurait ainsi \u00e9t\u00e9 la demeure d&rsquo;un monstre qui hantait la r\u00e9gion, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un saint du nom de Cristoforo l&rsquo;affronte et le tue. On conservait dans plusieurs \u00e9glises du pays des ossements qui passaient pour ceux du dragon, aussi nomm\u00e9 <em>biscia<\/em>, couleuvre (Guida, 1967\u00a0: I, 101 et 297 et Castellana 1994). On ne trouve pas de serpents en Irlande, selon une tradition qui pr\u00e9tend que saint Patrick \u00e9vang\u00e9lisateur de l&rsquo;\u00eele au VIe\u00a0si\u00e8cle, les en aurait chass\u00e9s<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[iv]<\/a>,. La tradition folklorique relativise la port\u00e9e de cet exorcisme, au travers de r\u00e9cits similaires, l\u00e0 encore li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de monast\u00e8res insulaires\u00a0:\u201c\u00a0Ce fut le dernier serpent existant dans le pays, un monstre qui vivait au bord du lac de Killarney, le lac Learne, o\u00f9 fut fond\u00e9 le monast\u00e8re insulaire d&rsquo;Inis Fallen. Saint Patrice avait pu \u00e9loigner les autres mais celui ci \u00e9tait si rus\u00e9 qu&rsquo;il lui avait \u00e9chapp\u00e9. Comme le serpent se plaignait de n&rsquo;avoir point de maison, le saint lui aurait confectionn\u00e9 un coffre dans lequel il l&rsquo;enferma, avant d&rsquo;en jeter la cl\u00e9 dans le lac.\u00a0\u201d <em>(Murray Ainsley, 1888\u00a0:\u00a0 483)<\/em>.\u00a0 A l&#8217;embouchure de l&rsquo;estuaire du <em>Shannon<\/em>, l&rsquo;\u00eele <em>d&rsquo;Inis Cathaigh<\/em> (dite encore <em>Scattery Island<\/em>) abritait elle aussi un monstre nomm\u00e9 <em>Cata<\/em>. Un saint du nom de <em>Seanan<\/em> (ou <em>Senanus<\/em>) y \u00e9tablit au VIe\u00a0si\u00e8cle le plus important des monast\u00e8res qu&rsquo;il fonda dans cette r\u00e9gion, apr\u00e8s avoir d\u00e9barrass\u00e9 l&rsquo;\u00eele de la b\u00eate qui la d\u00e9solait (d&rsquo;apr\u00e8s Neeson, 1967\u00a0: \u00a055-56). Un r\u00e9cit profane, qui se tient sur les \u00eeles anglo-normandes, rapporte l&rsquo;expulsion d&rsquo;un dragon monstrueux qui hantait l&rsquo;\u00eele de <em>Jersey<\/em> (cit\u00e9 par Murray Ainsley, 1888\u00a0:\u00a0 480). Les \u00eeles bretonnes sont elles aussi marqu\u00e9es par l&rsquo;\u00e9r\u00e9mitisme, avec saint Maclou , ou Malo. Venu au VIe\u00a0si\u00e8cle du Pays de Galles, il s&rsquo;\u00e9tablit avec trente disciples \u00e0 l&#8217;embouchure de la Rance, sur l&rsquo;\u00eele C\u00e9zembre. Un serpent gigantesque, sorti d&rsquo;un trou de rocher, s&rsquo;enfuit \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du saint (rapport\u00e9 par Bertino, 1970). Une autre version de ce th\u00e8me l\u00e9gendaire est pr\u00e9sente en Belgique, \u00e0 Bruxelles, sur une \u00eele de la Senne. Un saint, \u00e9v\u00eaque de Cambray au VIe\u00a0si\u00e8cle, r\u00e9pondant au nom de G\u00e9ry, y \u00e9difia l&rsquo;abbaye du Mostier. Il dut lui aussi combattre le dragon qui infestait l&rsquo;\u00eele avant d&rsquo;y \u00e9tablir son monast\u00e8re<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[v]<\/a> (S\u00e9billot, 1906\u00a0: 262). Sur les c\u00f4tes italiennes, Mamilliano d\u00e9barrassa l&rsquo;\u00eele de <em>Monte-Cristo<\/em>, (l&rsquo;antique <em>Artemisia<\/em> ou <em>Oglosa<\/em>), du dragon qui y vivait dans un temple d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Jupiter et situ\u00e9 au sommet du mont <em>Giove<\/em> (rapport\u00e9 <em>in:<\/em> Guida 1967\u00a0: II, 375 et par Racheli, 1978\u00a0: 250). Il aurait fait br\u00fbler le serpent du culte, avant d&rsquo;installer son ermitage dans une grotte proche du sanctuaire antique. Il n&rsquo;y a pas si longtemps encore, on allumait de grands feux sur les \u00eeles toscanes \u00e0 l&rsquo;occasion de la f\u00eate du saint<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[vi]<\/a>. L\u2019\u00eele de <em>Monte-Cristo<\/em> offre par ailleurs la tr\u00e8s rare particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre effectivement infest\u00e9e de vip\u00e8res<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[vii]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN BESTIAIRE DU VENIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des serpents et des dragons, les \u00eeles abritent aussi un bestiaire qui associe \u00ab\u00a0reptiles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0venin\u00a0\u00bb. S\u00e9billot (<em>op. cit.<\/em>) mentionne ainsi les chiens enrag\u00e9s \u00e0 propos d&rsquo;une \u00eele bretonne. Sur le lac de Constance (<em>Bodensee<\/em>), aux sources du Rhin, c&rsquo;est un saint venu d&rsquo;Espagne, Pirmin, qui b\u00e2tit au VIIIe&nbsp;si\u00e8cle le monast\u00e8re de l&rsquo;\u00eele de <em>Reichenau<\/em><a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\">[viii]<\/a>. La l\u00e9gende rapporte qu&rsquo;il en expulsa auparavant les grenouilles et les serpents qui l&rsquo;infestaient<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\">[ix]<\/a>. L&rsquo;\u00eele de Sardaigne est connue de longue date pour son absence d&rsquo;animaux venimeux. Ne pr\u00e9tendait-on pas d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;y trouvait ni loups, ni serpents, ni plantes empoisonn\u00e9es<a id=\"_ednref10\" href=\"#_edn10\">[x]<\/a>&nbsp;? On rapporte pourtant qu&rsquo;un saint personnage<a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\">[xi]<\/a>, fut exil\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele pour y \u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par ses reptiles, et les en chassa&nbsp;; \u00e0 l&rsquo;exception toutefois de <em>l&rsquo;argia<\/em>, la \u201cbariol\u00e9e\u201d, surnom d\u2019une araign\u00e9e dont la morsure est toxique et fait l&rsquo;objet de rituels th\u00e9rapeutiques qui rel\u00e8vent de la tradition tarentique. L&rsquo;araign\u00e9e est ainsi au c\u0153ur d\u2019un riche bestiaire du venin, o\u00f9 la taxinomie populaire regroupe scorpions, vip\u00e8res, l\u00e9zards et grenouilles&nbsp;: \u201c&nbsp;O\u00f9 allez vous vip\u00e8re, scorpion et grenouille&nbsp;? Je vais mordre et empoisonner tout ce que je pourrai&nbsp;\u201d, r\u00e9cite-t-on en Sardaigne dans les oraisons populaires contre le scorpion (Gallini, 1988). Max Caisson a bien analys\u00e9 ce flou constitutif du lexique des \u00ab\u00a0bestioles\u00a0\u00bb dans le Sud italien comme en Corse (Caisson, 1976). A ce bestiaire du venin, il faut ajouter, toujours en Sardaigne, le personnage de la \u00ab\u00a0mouche tueuse\u00a0\u00bb ou sorci\u00e8re, <em>mosc\u00e0 macedda<\/em>, mise \u00e0 mort par un rituel de danse conduit par un saint homme. Les cadavres des insectes mal\u00e9fiques sont enferm\u00e9es dans des tonneaux et enfouis dans les souterrains d&rsquo;un ch\u00e2teau. Un feu purificateur, qui dure 3 jours, compl\u00e8te ce bien \u00e9trange exorcisme. En Corse, cette m\u00eame mouche&nbsp; venimeuse est d\u00e9crite sous l&rsquo;aspect d&rsquo;un dragon dans la l\u00e9gende du seigneur de Fretto, Orso Alamanno, qui perp\u00e9tuait l&rsquo;institution du droit de cuissage. Piobetta, le h\u00e9ros qui mit fin \u00e0 l&rsquo;archa\u00efque privil\u00e8ge, provoqua le seigneur en duel, et le tua en le capturant au lacet, un art qu&rsquo;il avait justement appris au cours d&rsquo;un voyage en Sardaigne<a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\">[xii]<\/a>: <em>\u00ab\u00a0Son corps fut enterr\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet des plus grands outrages.(..) Au bout d&rsquo;un an on alla ouvrir le tombeau d&rsquo;Orso Alamanno pour voir s&rsquo;il y avait quelque chose dedans (car on le prenait pour un vrai diable de l&rsquo;enfer), et il sortit du tombeau une mouche, laquelle devint avec le temps si grosse qu&rsquo;au bout de dix ans elle avait la taille d&rsquo;un boeuf; elle tuait tous ceux qui s&rsquo;approchaient non seulement avec ses ongles cruels, mais encore avec son haleine f\u00e9tide; car la puanteur de son souffle \u00e9tait si infecte que, quand le vent la portait de quelque c\u00f4t\u00e9, elle dess\u00e9chait jusqu&rsquo;aux arbres.\u00a0\u00bb &nbsp;<\/em>On notera la similitude entre cette mouche g\u00e9ante et le portrait que donnent les bestiaires m\u00e9di\u00e9vaux: du basilic, roi des serpents: \u00ab\u00a0L&rsquo;odeur qu&rsquo;il exhale (&#8230;) fait crever les arbres.\u00a0\u00bb Les circonstances de la mort du h\u00e9ros rattachent de m\u00eame cette mouche monstrueuse \u00e0 la famille des dragons, dont le sang est un poison redoutable: <em>\u00ab\u00a0Piobetta (&#8230;) parvint (&#8230;) \u00e0 tuer cette mouche (&#8230;) Mais ayant oubli\u00e9 de se frotter avec certaines liqueurs pr\u00e9cieuses dont le m\u00e9decin lui avait prescrit l&rsquo;usage pendant une ann\u00e9e enti\u00e8re, il mourut \u00e0 son tour.\u00a0\u00bb <\/em>Dans une autre version c&rsquo;est saint Georges, le plus connu des saints tueurs de dragons, qui d\u00e9barrasse le pays de ce redoutable fl\u00e9au (Voir Caisson, 1997 pour les r\u00e9f\u00e9rences de ce dossier).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ILES MALEFIQUES ET ILES NOURRICIERES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ce bestiaire venimeux, mal\u00e9fique et reptilien, l&rsquo;\u00e9tude de la toponymie et du l\u00e9gendaire des \u00eeles r\u00e9v\u00e8le l\u2019existence d\u2019une seconde cat\u00e9gorie d&rsquo;animaux, exactement oppos\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente, mais toute aussi importante. En contrepoint aux \u00eeles mal\u00e9fiques que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer, ils font \u00e9tat d&rsquo;\u00eeles \u201cnourrici\u00e8res\u201d, o\u00f9 abondent \u00e2nes, ch\u00e8vres, moutons, cochons, lapins, poules, canards, colombes, vaches ou taureaux, sous la forme de troupeaux ou de colonies sauvages. La petite \u00eele g\u00e9noise de <em>Gallinara<\/em> (Gallini\u00e8re ou Poussini\u00e8re) est une \u00ab\u00a0\u00eele aux poules\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9nomination lui vient de l&rsquo;antiquit\u00e9, \u00e0 cause des colonies de poules sauvages qui la peuplaient. Elle joue un r\u00f4le important dans la naissance du monachisme d&rsquo;Occident, avec la premi\u00e8re mention relative \u00e0 un ermitage insulaire en Europe. Le r\u00e9cit rapport\u00e9 au VIe\u00a0si\u00e8cle par Sulpice S\u00e9v\u00e8re<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\">[xiii]<\/a> met en sc\u00e8ne un saint abordant sur l&rsquo;\u00eele infest\u00e9e de serpents, plantant en son milieu son b\u00e2ton pour d\u00e9limiter l&rsquo;espace d\u00e9sormais r\u00e9serv\u00e9 aux reptiles. Les moines du continent s&rsquo;y rendaient d&rsquo;ailleurs au Moyen Age pour r\u00e9colter les \u0153ufs de ces volatiles, dont ils tiraient une part de leur subsistance<a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\">[xiv]<\/a>. Au nord de l&rsquo;Angleterre, un monast\u00e8re fut aussi fond\u00e9 par saint A\u00efdan, au VIIe\u00a0si\u00e8cle, sur une autre \u00ab\u00a0gallini\u00e8re\u00a0\u00bb l&rsquo;\u00eele de <em>Farne<\/em>\u00a0: \u201c\u00a0(Sur cette \u00eele) il ne se trouvait pas de serpents venimeux, nous dit l&rsquo;auteur d&rsquo;un po\u00e8me m\u00e9di\u00e9val (consacr\u00e9 \u00e0 saint Cuthbert, l&rsquo;anachor\u00e8te qui s&rsquo;y installa), et s&rsquo;il arrivait qu&rsquo;on y porte un serpent, celui ci mourrait aussit\u00f4t sur cette terre abandonn\u00e9e. \u00a0<a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\">[xv]<\/a>\u201d Il s&rsquo;y rencontrait par contre des canards migrateurs qui venaient y nicher chaque ann\u00e9e, les \u201coiseaux de Cuthbert\u201d plac\u00e9s sous la protection du saint et dont on venait l\u00e0 aussi r\u00e9colter les \u0153ufs. La toponymie est riche en \u201c\u00eeles aux oiseaux\u201d\u00a0: <em>Pecora<\/em> en Sardaigne, les \u00eeles <em>Galli <\/em>en face de Naples, ainsi qu\u2019au large de la c\u00f4te toscane, les rochers de <em>Sparviera<\/em>, ou en Corse \u00e0 Ajaccio, le rocher des Cormorans dans les \u00eeles Sanguinaires, et l&rsquo;\u00eelot de la <em>Margunagha<\/em> proche de Bastia, une d\u00e9nomination dialectale de ce m\u00eame animal.\u00a0 Dans ce registre des animaux \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fiques\u00a0\u00bb, on trouve des \u201c\u00eeles aux lapins\u201d, celles m\u00eames qu&rsquo;\u00e9voquaient d\u00e9j\u00e0 Pline l&rsquo;Ancien (cit\u00e9 par d\u2019Angelis, 1968\u00a0: 38)\u00a0: \u201cLa Sardaigne est \u00e9loign\u00e9e (&#8230;) de la Corse (&#8230;) par des petites \u00eeles appel\u00e9es Cuniculaires mais aussi par les \u00eeles Phinton, et Fossa qui a donn\u00e9 au d\u00e9troit le nom de Taphros \u2026\u201d Ces \u201cCuniculaires\u201d (du latin <em>cuniculus<\/em>, qui d\u00e9signe le lapin), ont aujourd\u2019hui disparu de la cartographie locale, partageant le destin de maint autre toponyme antique. L&rsquo;archipel des Bal\u00e9ares poss\u00e8de cependant deux \u00eeles aux lapins, nomm\u00e9es <em>Conejera<\/em>. Sur l\u2019\u00eele saint Pierre, au voisinage des c\u00f4tes de la Sardaigne, on rapportait encore r\u00e9cemment que\u00a0: \u201c\u00a0Ind\u00e9pendamment de l&rsquo;aridit\u00e9 du sol, l&rsquo;innombrable multitude de lapins destructeurs et toujours renaissants, y nuit \u00e0 la culture.\u00a0\u201d (Val\u00e9ry, 1837: II, 255-257)\u00a0 On trouve aussi, entre Corse et Sardaigne, des \u00eeles <em>Rattino<\/em>, dont le nom semblerait venir de l&rsquo;italien <em>ratto<\/em>, le rat, d\u00e9crites par les voyageurs du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle comme colonis\u00e9es par une esp\u00e8ce inconnue de rongeurs.\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Le taureau est assur\u00e9ment le repr\u00e9sentant principal de cette seconde cat\u00e9gorie d\u2019animaux insulaires. La l\u00e9gende du sanctuaire normand du Mont saint Michel rapporte ainsi qu\u2019un saint du nom d\u2019Aubert, par ailleurs saint sauroctone (selon Fourn\u00e9e, 1973), fonda le c\u00e9l\u00e8bre sanctuaire \u00e0 la suite d\u2019une apparition de l\u2019Archange\u00a0: \u201c\u00a0Il\u00a0 me dit que ce f\u00fbt au lieu o\u00f9 le trouverois un taureau li\u00e9 qu&rsquo;un larron a desrob\u00e9 depuis nagu\u00e8re et cach\u00e9 en ce mont espiant l&rsquo;occasion de la pouvoir mener au loin pour le vendre&#8230; Quant \u00e0 ce qui touche la grandeur de l&rsquo;oratoire, il m&rsquo;a dit que ce seroit tout l&rsquo;espace que je trouverois foul\u00e9 aux pieds du taureau.\u00a0\u201d C&rsquo;est de m\u00eame pour y faire pa\u00eetre leurs troupeaux, que les deux g\u00e9ants de la geste rabelaisienne auraient \u00e9difi\u00e9 l\u2019\u00eele du Mont saint Michel (d&rsquo;apr\u00e9s Guide, 1964, et Gaignebet, 1986\u00a0: 196-199).\u00a0 L&rsquo;archipel des Bal\u00e9ares conna\u00eet lui aussi un \u00eelot du taureau. En Sardaigne comme en Corse, des \u00eeles portent les noms de <em>Toro<\/em>, de <em>Vacca<\/em> et de <em>Torello<\/em>. Il existe aussi une \u00eele du Cornu, <em>Cornuta<\/em>,dans cet archipel corse d\u00e9di\u00e9 aux Cervid\u00e9s, les \u00eeles Cerbicales \u2014 du latin <em>Cervus,<\/em> le cerf, autre cornu \u2014 dont il faudrait peut \u00eatre aussi rapprocher le moine qui s\u2019installa sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Elbe, saint Cerbone, et au large de la c\u00f4te Toscane l&rsquo;\u00eelot de <em>Cerboli<\/em>. Ces d\u00e9nominations si r\u00e9pandues se r\u00e9f\u00e8rent explicitement \u00e0 la pr\u00e9sence de troupeaux sur ces \u00eeles. La pratique de la transhumance insulaire y est attest\u00e9e au moins depuis le Moyen-Age, et les bergers corses s&#8217;embarquaient encore r\u00e9cemment avec leurs b\u00eates en direction de l&rsquo;archipel corso-sarde\u00a0 \u201c\u00a0Des vaches paissent pr\u00e9s des tombes (&#8230;) et quand on am\u00e8ne le taureau au troupeau depuis Bonifacio, on l&rsquo;attache \u00e0 la proue d&rsquo;un bateau par les cornes, et il suit \u00e0 la nage. C&rsquo;est au d\u00e9but du printemps qu&rsquo;a lieu ce voyage rituel qui rappelle les mythes de l&rsquo;antiquit\u00e9.\u00a0\u201d <em>(Carrington, 1980\u00a0: 184) <\/em>\u00a0Dans la m\u00eame r\u00e9gion Val\u00e9ry d\u00e9crivait peu auparavant en ces termes l&rsquo;\u00eele <em>Tavolara,<\/em> \u2014 l&rsquo;ancienne <em>Hermae<\/em> sarde : \u201cHabit\u00e9e par des troupes gracieuses de ch\u00e8vres sauvages (&#8230;) Elle a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte donn\u00e9e par le roi de Sardaigne \u00e0 un berger corse (&#8230;)seul humain, qui, avec sa famille, habite ce d\u00e9sert\u2026\u201d <em>(Val\u00e9ry, 1837\u00a0: II, 8-9) <\/em>\u00a0En Sardaigne on trouve une \u00eele <em>Caprera<\/em>, et \u00e0 Naples l&rsquo;\u00eele de <em>Capri<\/em>, dont la d\u00e9nomination vient de la pr\u00e9sence de ch\u00e8vres<a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\">[xvi]<\/a>. L&rsquo;archipel des Bal\u00e9ares poss\u00e8de lui aussi une \u201cchevri\u00e8re\u201d, <em>Cabrera<\/em><a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\">[xvii]<\/a>. D\u2019autres \u00eeles aux moutons (qui sont aussi des \u00ab\u00a0Gallini\u00e8res\u00a0\u00bb), les \u00eeles <em>Feroes<\/em>, sont mentionn\u00e9es pour la m\u00eame particularit\u00e9 au Moyen-Age dans la Navigation de saint Brendan\u00a0: \u201c\u00a0Il y a au nord de la Grande Bretagne beaucoup d&rsquo;autres \u00eeles o\u00f9 l&rsquo;on peut se rendre en deux jours et deux nuits depuis les plus septentrionales des \u00eeles Britanniques&#8230; Elles ont \u00e9t\u00e9 habit\u00e9es pr\u00e8s de cent ans par des ermites sortis de notre \u00c9cosse&#8230; Abandonn\u00e9es aujourd&rsquo;hui des anachor\u00e8tes \u00e0 cause des pirates normands elles sont remplies d&rsquo;une multitude innombrable de brebis et d&rsquo;oiseaux de mer. \u00a0\u201d <em>(Cit\u00e9 par Dom Cabrol, 1927\u00a0: VII, 81) <\/em>Ces troupeaux insulaires s&rsquo;enrichissent d&rsquo;\u00eeles d\u00e9di\u00e9es aux cochons, <em>Porco<\/em> dans la toponymie sarde, et au large de la c\u00f4te Toscane l\u2019\u00eele<em> Troia<\/em> (la truie). On trouve enfin des \u00eeles aux \u00e2nes, l&rsquo;\u00eele <em>Asinelli<\/em>, en Sicile, au large du Mont Eryx, une <em>Aenaria<\/em> voisine de Capri (cit\u00e9e par ENC IT, 1934), et une autre dans le nord de la Sardaigne, parfois aussi nomm\u00e9e <em>Asinaria<\/em>. Elle tiendrait son nom d&rsquo;une race d&rsquo;\u00e2nes albinos (?) qui la peuplait et \u00e9tait habit\u00e9e par des p\u00eacheurs et bergers corses<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\">[xviii]<\/a>\u00a0: \u201c\u00a0Deux cent quatre-vingt-huit bergers, log\u00e9s dans de m\u00e9chantes cabanes\u00a0\u201d<em> <\/em>pr\u00e9cise Valery<em> (1837\u00a0: II, 64-65).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA MER ET SES MALEFISMES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment interpr\u00e9ter cette seconde division du bestiaire des \u00eeles, et l&rsquo;opposition qu&rsquo;elle sugg\u00e8re entre des \u00eeles st\u00e9riles et mal\u00e9fiques, et d&rsquo;autres f\u00e9condes et b\u00e9n\u00e9fiques? Si cette dichotomie recoupe une abondante litt\u00e9rature fantastique, (les antiques \u00eeles des Bienheureux, celles mal\u00e9fiques o\u00f9 abordent les Argonautes, voire le paradis insulaire de Robinson Cruso\u00eb), elle parait aussi recouvrir aussi une certaine r\u00e9alit\u00e9, de nature \u201c\u00e9tiologique\u201d, caract\u00e9ristique des \u00e9cosyst\u00e8mes insulaires et li\u00e9e au monde de la mer. Les transhumances maritimes, l\u2019absence de serpents venimeux sur les \u00eeles, ou encore certaines colonisations des \u00eeles par une esp\u00e8ce animale en rel\u00e8vent assur\u00e9ment. Les arch\u00e9ologues prennent ainsi tr\u00e8s s\u00e9rieusement certaines de ces mentions insulaires du Bestiaire. Ils estiment par exemple que le mouton aurait bien pu \u00eatre introduit en Occident d\u00e9s le VIe mill\u00e9naire par de petites navigations, et de courtes travers\u00e9es maritimes (Camps, 1986).\u00a0 Nombre d&rsquo;\u00eeles portent de m\u00eame le nom d\u2019un animal marin, comme ces \u00eeles corses dites des Moines, <em>I Monachi<\/em>, qui ne font pas allusion \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;ermites ou de moines sur ces \u00eelots (bien qu\u2019on les trouve parfois baptis\u00e9es <em>i prete<\/em>), mais plut\u00f4t \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de phoques. Des r\u00e9cifs voisins du golfe d&rsquo;Ajaccio, d\u00e9nomm\u00e9s les <em>Sardinoires, <\/em>semblent eux aussi devoir \u00eatre rapport\u00e9es \u00e0 ce m\u00eame bestiaire marin, ici visiblement la pr\u00e9sence de sardines. Dans cette perspective qui rel\u00e8ve de l&rsquo;Histoire Naturelle, l&rsquo;\u00eele aurait-elle \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un monde de transition, entre la terre, et la mer, univers mal\u00e9fique et connot\u00e9 d\u2019impuret\u00e9<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\">[xix]<\/a>? Son bestiaire pourrait bien s&rsquo;inscrire dans le cadre de cette ambivalence. Le caract\u00e8re maritime du Bestiaire des \u00eeles appara\u00eet fr\u00e9quemment par ailleurs au travers du th\u00e8me de l\u2019expulsion dans la mer des reptiles qui infestent les \u00eeles, et non pas de leur mise \u00e0 mort, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un ordre naturel menac\u00e9. Ils en sont ainsi le plus souvent issus, puisque c\u2019est dans les eaux, celles de la mer, d\u2019un lac ou d\u2019un fleuve, que r\u00e9side g\u00e9n\u00e9ralement le monstre reptilien qui hante l\u2019\u00eele et ses abords. La pr\u00e9sence de serpents sur l&rsquo;\u00eele de L\u00e9rins, \u00e0 la fronti\u00e8re orientale de la Provence, en est un bon exemple. Ce t\u00e9moignage du \u00e0 un disciple d&rsquo;Honorat, r\u00e9dig\u00e9 au VIe\u00a0si\u00e8cle et donc contemporain de la fondation de la c\u00e9l\u00e8bre abbaye, est un document exceptionnel par son antiquit\u00e9. Il rattache explicitement la pr\u00e9sence de reptiles \u00e0 une influence marine : \u201c\u00a0Il est une \u00eele inhabit\u00e9e, inabordable du fait de la crainte inspir\u00e9e par ses b\u00eates venimeuses, situ\u00e9e au pied de la cha\u00eene des Alpes (\u2026) Honorat (\u2026) y p\u00e9n\u00e8tre sans le moindre effroi (\u2026) et la rencontre des serpents, qui \u00e9taient nous l&rsquo;avons vu si nombreux sur ces terres arides, et que faisaient sortir en particulier les souffles chauds de la mer, ne fut plus jamais pour personne une cause de danger ni m\u00eame de frayeur<a id=\"_ednref20\" href=\"#_edn20\">[xx]<\/a>.\u00a0\u201dLa l\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale d\u00e9veloppe plus longuement cet \u00e9pisode miraculeux, sous la plume du moine troubadour Raymond F\u00e9raud<a id=\"_ednref21\" href=\"#_edn21\">[xxi]<\/a>, et pr\u00e9cise que le saint, mont\u00e9 sur un palmier, prie le seigneur\u00a0: \u201c\u00a0(\u2026) qu&rsquo;il veuille d\u00e9livrer l&rsquo;\u00eele des serpents (&#8230;) et la mer s&rsquo;\u00e9leva et passant le rivage commen\u00e7a \u00e0 couvrir l&rsquo;\u00eele (&#8230;) n&rsquo;y laissant ni couleuvre ni serpent. \u00a0\u201d <em>(F\u00e9raud 1943\u00a0: 2030-2220) <\/em>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cette expulsion dans la mer des serpents et des dragons est chose fr\u00e9quente. On la retrouve par\u00a0 exemple sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Yeu, o\u00f9 un ermite du nom d&rsquo;Amand, ou d&rsquo;Arnaud selon les versions<a id=\"_ednref22\" href=\"#_edn22\">[xxii]<\/a>, oblige le serpent gigantesque qui y vit \u00e0 sortir de son trou et \u00e0 se jeter dans la mer. Sur l&rsquo;\u00eele de <em>Tino<\/em>, non loin de G\u00e8nes, un \u00e9v\u00eaque africain du nom de Venerio<a id=\"_ednref23\" href=\"#_edn23\">[xxiii]<\/a> , qui passe pour y avoir v\u00e9cu en ermite, entre le VIe\u00a0et le VIIe\u00a0si\u00e8cle, dut lui aussi combattre un dragon, qui vivait dans une grotte marine. Arm\u00e9 de la croix, il pr\u00e9cipita la b\u00eate dans les profondeurs de l&rsquo;oc\u00e9an (voir Guida, 1967\u00a0: I,16). Il fonda ensuite sur l&rsquo;\u00eele une abbaye<a id=\"_ednref24\" href=\"#_edn24\">[xxiv]<\/a>. Le nom de la petite \u00eele italienne de <em>Tino<\/em> est curieusement aussi celui de l&rsquo;\u00eele grecque de <em>Tenos<\/em> (voir ENC. IT, 1937), une \u00eele des Cyclades, l&rsquo;une des antiques <em>Ophiussa<\/em> traditionnellement vou\u00e9es aux serpents. Columba, figure marquante de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de l&rsquo;Irlande au VIe\u00a0si\u00e8cle, avait lui aussi sacrifi\u00e9 au rituel sauroctone en affrontant un monstre aquatique, <em>Aquatilis Bestia<\/em>, lequel s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 d\u00e9vorer un homme et qu&rsquo;il fit fuir par le signe de la croix (cit\u00e9 par Gaidoz, 1921\u00a0: 131 <em>sq.<\/em>). Parmi les nombreux dragons du folklore de l&rsquo;Irlande, nous rencontrons un autre de ces monstres insulaires, qui avalait les baigneurs imprudents et dont vint \u00e0 bout un saint du nom de <em>Mochua<\/em> (Gaidoz, 1921\u00a0: 131 <em>sq.<\/em>)\u00a0 Une l\u00e9gende de l&rsquo;\u00eele de Corse, recueillie \u00e0 la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle (Chanal, 1890), d\u00e9crit dans des termes exemplaires ce dragon des eaux et ses rapports \u00e0 la nature reptilienne du Bestiaire des \u00eeles. Elle met en sc\u00e8ne, l\u00e0 encore, un anachor\u00e8te, qui vida par ses pri\u00e8res le lac de Creno, refuge d&rsquo;un dragon redoutable et le chassa. Pour \u00e9chapper \u00e0 son pers\u00e9cuteur, le monstre se saisit d\u2019un marteau gigantesque\u00a0:\u00a0 \u201c\u00a0[Il] l&rsquo;abattit lourdement (&#8230;) La fosse creus\u00e9e par Satan s&rsquo;\u00e9tait soudainement remplie d&rsquo;eau: le lac de Creno \u00e9tait n\u00e9.\u201d L\u2019anachor\u00e8te commen\u00e7a son exorcisme, et l\u2019on vit \u201cle lac de Creno se d\u00e9semplir \u00e0 mesure que le pr\u00eatre faisait ses incantations (\u2026) Bient\u00f4t une myriade d&rsquo;horribles salamandres, tachet\u00e9es de jaune, qui grouillaient dans la vase du fond, se transform\u00e8rent en autant de diablotins (\u2026) Enfin, le lac \u00e9tant \u00e0 sec, l&rsquo;ange des t\u00e9n\u00e8bres appara\u00eet, immense et dans toute sa laideur, avec ses ailes de chauve-souris appesanties par la vase, sa crini\u00e8re de couleuvres, ses yeux de feu, sa bouche qui vomit la flamme et la fum\u00e9e.\u00a0\u201d L&rsquo;expulsion des serpents dans la mer est plus curieusement mentionn\u00e9e comme une coutume relative \u00e0 la Saint-Brigitte, la grande sainte de l&rsquo;Irlande, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le Ier\u00a0f\u00e9vrier\u00a0: \u201c\u00a0Une semaine avant Saint Bridget&rsquo;s Day, les serpents doivent sortir de leurs trous sous la terre, et si le sol est ensuite recouvert de neige ils meurent\u00a0\u00bb, nous apprennent ainsi les croyances populaires de l&rsquo;\u00c9cosse<a id=\"_ednref25\" href=\"#_edn25\">[xxv]<\/a>, lesquelles pr\u00e9cisent qu&rsquo;en ce jour le serpent \u00e9tait jet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an \u00ab\u00a0afin que la mer puisse l&rsquo;avaler. \u00a0\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier r\u00e9cit illustre bien toute une s\u00e9rie de variantes des l\u00e9gendes sauroctones, ayant pour protagoniste un personnage f\u00e9minin. On connait la l\u00e9gende de la Tarasque, un monstre hybride, mi-dragon, mi-taureau, qui vivait dans les eaux du Rhone et dont vint \u00e0 bout sainte Marthe, l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisatrice de la Provence dans une tradition que rapporte la L\u00e9gende Dor\u00e9e. La comm\u00e9moration festive de ce miracle mettait d&rsquo;ailleurs en sc\u00e8ne une procession de barque, un rituel caract\u00e9ristique des f\u00eates de la mer. Le taureau, \u00e0 l\u2019instar des dragons, sort parfois lui aussi des eaux de la mer. Une l\u00e9gende relative \u00e0 la Corse l&rsquo;y associe dans des termes int\u00e9ressants \u00e0 la femme et \u00e0 l&rsquo;insularit\u00e9. On mentionne en effet que l&rsquo;\u00eele de Corse fut d\u00e9couverte par une berg\u00e8re ligure du nom de Corsa, qui suivait les p\u00e9r\u00e9grinations marines de son taureau, car celui-ci partait tous les matins dans la mer et en revenait le soir, repu et satisfait. Elle laissera son nom \u00e0 cette \u00eele d&rsquo;abondance, o\u00f9 les taureaux sont gras<a id=\"_ednref26\" href=\"#_edn26\">[xxvi]<\/a>. Colman, qui fonda le monast\u00e8re insulaire d&rsquo;<em>Inis Bowen<\/em> au VIIe\u00a0si\u00e8cle, au large des c\u00f4tes de l&rsquo;Irlande (d&rsquo;apr\u00e8s Gorby, 1987\u00a0: 386), fut lui aussi un pourfendeur de dragons, \u00e0 nouveau un monstre aquatique, pourchassant une jeune fille qui lavait son linge au bord de l&rsquo;eau. Aval\u00e9e par la b\u00eate, la lavandi\u00e8re put en ressortir saine et sauve gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;exorcisme du moine (Gaidoz, 1921\u00a0: 131 <em>sq.<\/em>). Ce r\u00e9cit fait bien s\u00fbr penser \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode biblique de l&rsquo;avalement de Jonas, l&rsquo;un des principaux motifs de l&rsquo;art chr\u00e9tien des Catacombes, et l&rsquo;un des plus anciens t\u00e9moignages du caract\u00e8re monstrueux du bestiaire marin. Ce personnage f\u00e9minin, associ\u00e9 \u00e0 un monstre insulaire et issu des eaux, semblerait bien \u00eatre constitutif de notre th\u00e8me. La femme tentatrice n&rsquo;est-elle point par ailleurs, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du serpent ou du dragon, le principal \u00ab\u00a0ennemi\u00a0\u00bb qu&rsquo;affrontent les ermites chr\u00e9tiens, principaux protagonistes des l\u00e9gendes li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;insularit\u00e9? Le corpus du tarentisme, assur\u00e9ment le plus riche repr\u00e9sentant de ces r\u00e9cits, ne laisse subsister aucun doute \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MEDUSE ET SIRENES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les rituels sardes relatifs \u00e0 l&rsquo;araign\u00e9e attribuent en effet le caract\u00e8re venimeux de sa morsure \u00e0 un esprit f\u00e9minin, une \u00e2me damn\u00e9e, qui s&rsquo;incarne dans l&rsquo;animal. Les cat\u00e9gories propres \u00e0 ces esprits f\u00e9minins vont induire le rituel adapt\u00e9 \u00e0 chaque type de morsure\u00a0: l&rsquo;<em>argia pizzina<\/em> (petite fille), <em>bagadia<\/em> (nubile), <em>isposa<\/em> (fianc\u00e9e), <em>cojada<\/em> (mari\u00e9e), <em>collionada<\/em> (s\u00e9duite), <em>prentoxa<\/em> (parturiente), <em>finda<\/em> (veuve), <em>beccia<\/em> ou <em>nonina<\/em> (vieille) ou encore <em>martura<\/em> (malade). Lorsque le musicien, appel\u00e9 au chevet du malade, finit par trouver la musique correspondant aux caract\u00e9ristiques de l&rsquo;animal, le corps du patient se met \u00e0 s&rsquo;agiter \u00e0 son rythme, dans une danse violente et saccad\u00e9e, souvent spectaculaire, qui n&rsquo;est pas sans \u00e9voquer la transe (Gallini, 1988\u00a0: 25-60 et Caisson, 1976). En ce qui concerne la toponymie, l&rsquo;un des rares noms d&rsquo;\u00eeles qui fasse l&rsquo;objet d&rsquo;un commentaire l\u00e9gendaire, concerne l&rsquo;\u00eelot de la Gorgone (aussi nomm\u00e9 <em>Urgo<\/em>), situ\u00e9 au large du Cap Corse. Il introduit dans le bestiaire des \u00eeles la mythique M\u00e9duse, \u00e0 la fois justement femme et serpente. Elle fut reine de Corse, selon la tradition m\u00e9di\u00e9vale qui rattache ce toponyme \u00e0 la geste d&rsquo;H\u00e9rakl\u00e8s\u00a0: \u201c\u00a0Apr\u00e8s la mort de M\u00e9duse vint en Corse l&rsquo;Hercule libyen et en Sardaigne<a id=\"_ednref27\" href=\"#_edn27\">[xxvii]<\/a>\u00a0\u201d car, nous dit-on, cette \u00eele en grec se dit Cyrnos, du nom de Cyrnos fils d&rsquo;Hercule<a id=\"_ednref28\" href=\"#_edn28\">[xxviii]<\/a> lequel apr\u00e8s avoir tu\u00e9 G\u00e9ryon et atteint le jardin des Hesp\u00e9rides aurait donc conquis la Corse, la laissant \u00e0 son fils, Kyrnos ou Corso<a id=\"_ednref29\" href=\"#_edn29\">[xxix]<\/a>. Quant \u00e0 l&rsquo;autre de ses fils, Sardos, c&rsquo;est donc \u00e0 la Sardaigne voisine qu&rsquo;il aurait donn\u00e9 son nom. Cette l\u00e9gende de la serpente reine de Corse se retrouve aussi en Sardaigne\u00a0: \u201c\u00a0Au sein des sauvages for\u00eats de la Barbagia, pr\u00e9s du village de Samugheo, sont les ruines dites le ch\u00e2teau de M\u00e9duse, la fille du fabuleux Phorcus (&#8230;) qui passa dieu marin, et fut mis \u00e0 la t\u00eate des phoques et des Tritons (&#8230;) vieille et curieuse construction du moyen \u00e2ge, perc\u00e9e dans la montagne, presque inaccessible, avec une seule fen\u00eatre et d&rsquo;une prodigieuse solidit\u00e9.\u00a0\u201d <em>(Val\u00e9ry, 1837\u00a0: II, 116-117) <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, nous remarquerons la vari\u00e9t\u00e9 des registres auxquels le corpus que nous venons de commenter emprunte ses personnages\u00a0: toponymie, hagiographie, folklore et mythologie. L&rsquo;apparente absence d&rsquo;une r\u00e9elle filiation entre ces traditions attesterait-elle de l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00ab\u00a0invariant culturel\u00a0\u00bb, un r\u00e9cit mythique faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un couple insulaire des origines, la femme serpent et le dieu marin<a id=\"_ednref30\" href=\"#_edn30\">[xxx]<\/a>, animal hybride? Il existe effectivement une s\u00e9quence mythique correspondant \u00e0 la structure de ces r\u00e9cits, le mythe grec de l&rsquo;\u00eele de D\u00e9los. Il met en sc\u00e8ne une \u00eele flottante sur laquelle la d\u00e9esse Leto, sur le point d&rsquo;accoucher et poursuivie par un serpent monstrueux nomm\u00e9 Python, trouva refuge pour y mettre au monde les deux jumeaux divins, Artemis et Apollon. Au-del\u00e0 des rationalisations \u201c\u00e9tiologiques\u201d, et des relectures mythiques et l\u00e9gendaires, le \u201cBestiaire des Isles\u201d, sa dimension f\u00e9minine et reptilienne, et leurs rapports au monde de la mer nous invitent \u00e0 d\u00e9passer l\u2019opposition que nous relevions entre st\u00e9rile et nourricier, b\u00e9n\u00e9fique ou \u201cmal\u00e9fici\u00e9\u201d, en d&rsquo;autres termes entre Nature et Culture. Dans une telle perspective, ces r\u00e9cits nous confrontent en fait \u00e0 une m\u00eame cat\u00e9gorie. Mal\u00e9fiques ou b\u00e9n\u00e9fiques, ces \u201cIsles aux B\u00eates\u201d pr\u00e9sentent toutes une f\u00e9condit\u00e9 probl\u00e9matique, car excessive, une rupture dans l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique de la nature et dans les rapports entre le monde des vivants et celui des morts. En t\u00e9moignent ces monstres qui d\u00e9vorent les humains, la nature ancestrale d&rsquo;un genius locii que rev\u00eatent si souvent les dragons chr\u00e9tiens, le caract\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9 du bestiaire insulaire du venin, renvoyant au monde des eaux primordiales, les ph\u00e9nom\u00e8nes de possession par un esprit des morts caract\u00e9ristiques de la tradition tarentique, ou encore ces navigations \u201c\u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu\u201d qui pr\u00e9ludent bien souvent au d\u00e9barquement des saints sur les c\u00f4tes \u201cmal\u00e9fici\u00e9es\u201d.La mer est en effet ce monde inqui\u00e9tant o\u00f9 les cadavres abandonn\u00e9s aux flots errent en qu\u00eate d\u2019une s\u00e9pulture impossible\u00a0; \u00e0 moins peut-\u00eatre qu\u2019ils n\u2019abordent un jour sur les rivages d\u2019une \u00eele\u00a0? L&rsquo;espace de transition et de fronti\u00e8re qu\u2019incarne l\u2019\u00eele r\u00e9v\u00e8le la hantise universelle d\u2019une f\u00e9condit\u00e9 dangereuse, primitive et indiff\u00e9renci\u00e9e, celle du monde marin des origines. En-de\u00e7\u00e0 de la s\u00e9paration fondatrice, entre Nature et Culture, elle semblerait m\u00eame s&rsquo;y opposer le plus souvent. Cette femme reptilienne, ma\u00eetresse des m\u00e9tamorphoses animales, se retrouve universellement sous le personnage de Circ\u00e9, des sir\u00e8nes ou des M\u00e9lusines, femmes au corps de serpent, dou\u00e9es du pouvoir des m\u00e9tamorphoses animales<a id=\"_ednref31\" href=\"#_edn31\">[xxxi]<\/a>. La mise en rapport de ce motif, qui ressemble fort \u00e0 un invariant culturel, et des caract\u00e9ristiques du Bestiaire des \u00eeles, nous donne peut-\u00eatre des cl\u00e9s essentielles pour mieux comprendre la nature des antiques conceptions du monde marin, et du caract\u00e8re monstrueux de son Bestiaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Actes des apotres, par E Delebecque, Paris, Ed. Les Belles Lettres, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p>Aimes P. : \u201c&nbsp;La Pietra tutti, l\u00e9gendes et folklore en Corse&nbsp;\u201d, <em>Revue de la Corse<\/em>, 1938<\/p>\n\n\n\n<p>Bertino J. : <em>Guide de la Mer myst\u00e9rieuse<\/em>, Paris, Tchou, 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>Bronzini GB. : \u201cCulto Garganico di San Michele et Testi latini delle apparizioni di San Michele\u201d, <em>Lares<\/em>, Italie, 1988, vol 54 n\u00b03, pp 307-366, n\u00b04, pp 463-521 et 555-592.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cahiers Corsica<\/em>, n\u00b0 158-159 Bastia, 1994, 161-164,<\/p>\n\n\n\n<p>CAISSON M.&nbsp;: \u00ab\u00a0Le four et l&rsquo;araign\u00e9e. Essai sur l&rsquo;enfournement th\u00e9rapeutique en Corse\u00a0\u00bb, <em>Ethnologie Fran\u00e7aise,<\/em> VI, 3-4, France, 1976, pp 365-380.<\/p>\n\n\n\n<p>CAISSON M.&nbsp;: Sur la piste des ours&nbsp;, <em>La griffe des l\u00e9gendes<\/em>, Cahier d&rsquo;Anthropologie n\u00b05, Mus\u00e9e R\u00e9gional d&rsquo;Anthropologie de la Corse, Corte, 1997&nbsp;: 107-131.<\/p>\n\n\n\n<p>Canestro-Ghiovenda B. : <em>L&rsquo;isola di San Giulio<\/em>, Como, Casa Editrice, 1963.<\/p>\n\n\n\n<p>Carrington D.&nbsp;: <em>Corse, \u00eele de granit<\/em>, Paris, 1980, Arthaud Ed.357<\/p>\n\n\n\n<p>Castellana R. : \u201c&nbsp;L&rsquo;expulsion du serpent: l\u00e9gendes, mythes et rituels&nbsp;,<\/p>\n\n\n\n<p>Castellana R.&nbsp;: La l\u00e9gende des \u00eeles&nbsp;, <em>La griffe des l\u00e9gendes<\/em>, Cahier d&rsquo;Anthropologie n\u00b05, Mus\u00e9e R\u00e9gional d&rsquo;Anthropologie de la Corse, Corte, 1997&nbsp;: 93-106.<\/p>\n\n\n\n<p>Castellana R.&nbsp;: Toponymie l\u00e9gendaire des \u00eeles corses&nbsp;\u201d, <em>Actes des 3\u00b0 Journ\u00e9es Universitaires Corses de Nice, 19-20 mai 1995<\/em>, Nice, Centre d&rsquo;Etudes Corses, 1996&nbsp;: 99-107<\/p>\n\n\n\n<p>Chanal E.&nbsp;: <em>Voyages en Corse<\/em>, Paris, 1890.224p<\/p>\n\n\n\n<p>Cronichetta (manuscrit anonyme, Bastia, 1660), par C. Valleix, Bastia, Ass. Franciscorsa Ed., 1973<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;Angelis G. et Don Giorgi&nbsp;: <em>Guide de la corse myst\u00e9rieuse<\/em>, Paris, Tchou, 1968.409<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;AYALA, P.G.&nbsp;: \u00ab\u00a0L&rsquo;ex-voto marin: un aper\u00e7u anthropologique\u00a0\u00bb, in <em>Catalogue de l&rsquo;exposition internationale des ex-votos marins<\/em>, Mus\u00e9e de la Marine, Paris, 1981<\/p>\n\n\n\n<p>Demartino E.&nbsp;: <em>La terre du remords<\/em>, Paris, NRF, 1966, 440 p., 47 ill.<\/p>\n\n\n\n<p>Dizzionario Ecclesiastico&nbsp;: 3 vol., Torino, 1953-1958.<\/p>\n\n\n\n<p>Dizzionario Patristico&nbsp;: &nbsp;Casale, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>Dom CabroL et Dom Leclercq&nbsp;: <em>Dictionnaire d&rsquo;arch\u00e9ologie chr\u00e9tienne et de liturgie<\/em>, Paris , 1924-1950, 15 tomes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dumezil G.&nbsp;: <em>La religion romaine archa\u00efque<\/em>, Paris, 1966.<\/p>\n\n\n\n<p>Enciclopedia Italiana Delle Scienze, Lettere Ed Arti (<em>ENL. IT.<\/em>), sotto l&rsquo;alto patronato di S.M. il Re d&rsquo;Italia, imperatore di Etiopia, Roma, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1937-1945.<\/p>\n\n\n\n<p>Feraud R.&nbsp;: <em>Vida de Sant Honorat<\/em>, Uppsala, ed Suwe Ingeg\u00e4rd, 1943.<\/p>\n\n\n\n<p>Fournee J.&nbsp;: <em>Culte populaire et iconographie des saints en Normandie<\/em>, Paris, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaignebet C.&nbsp;: <em>A plus hault sens, l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme spirituel et charnel de Rabelais<\/em>, Paris, Maisonneuve et Larose Ed., 1986, 2 volumes 473 + 584 p., Maisonneuve et Larose Ed.<\/p>\n\n\n\n<p>Gallini C.&nbsp;: <em>La danse de l&rsquo;argia<\/em>, Paris, NRF, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>Gobry Y.&nbsp;: <em>Les moines d&rsquo;Occident<\/em>, Paris, 1985-1987, 3 tomes, &nbsp;tI: De St Ambroise \u00e0 St basile, 1985, tII : De St Martin \u00e0 St Benoit, 1985, 476 p, tIII : De St Colomban \u00e0 St Boniface, 1987, 576 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Gregoire (de Tours)&nbsp;: <em>Histoire eccl\u00e9siastique des Francs<\/em>, Paris, J. Renouard Ed., 1836-1837-1838, 4 tomes.<\/p>\n\n\n\n<p>Guida All\u2019Italia Leggendaria, Misteriosa, Insolite e Fantastica, Milano, 1966-1967, 2 tomes, Index.<\/p>\n\n\n\n<p>Guide de la France Mysterieuse, Dir. Alleau, Paris, Tchou \u00e9d., 1964<\/p>\n\n\n\n<p>Linage-Conde A.&nbsp;: <em>Los Origines del Monacato Benedictino en la peninsula iberica<\/em>, Leon, Centro de estudios e investigacion \u00ab\u00a0San Isidoro\u00a0\u00bb, 1973, tome I&nbsp;: el monacato Hispano prebenedictino, 474 p, Centro de estudios e investigacion \u00ab\u00a0San Isidoro\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mac Leod Banks&nbsp;: <em>British Calendar Customs<\/em>, London-Glasgow, Scotland, Folklore Society, 1939.<\/p>\n\n\n\n<p>Mauclaire S.&nbsp;: \u201c&nbsp;Serpent et f\u00e9minit\u00e9, m\u00e9taphores du corps r\u00e9el des dieux&nbsp;\u201d, <em>L\u2019Homme, Etudes japonaises<\/em>, n\u00b0 117, France, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Memorial des Corses (Le) : F. Pomponi dir., Tome I Des origines \u00e0 Sampiero, Ajaccio, 1981, 493 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Morrachini-Mazel G.&nbsp;: \u201c&nbsp;La Corse selon Ptol\u00e9m\u00e9e&nbsp;\u201d, <em>Cahiers Corsica<\/em>, n\u00b0188, Bastia, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p>Murray-Ainsley&nbsp;: \u201c&nbsp;M\u0153urs et superstitions compar\u00e9es des Indes orientales et de l&rsquo;Europe&nbsp;\u201d, <em>Revue des Traditions Populaires<\/em>, 1888, Octobre, t.III, n\u00b0 10&nbsp;: 477-484.<\/p>\n\n\n\n<p>Neeson E.&nbsp;: <em>The Book of Irish Saints<\/em>, Cork (Irlande), The Mercier Press Ed., 1967, 258 pages, The Mercier Press Ed.<\/p>\n\n\n\n<p>Nouailhat Y.&nbsp;: <em>Saints et patrons, les premiers moines de L\u00e9rins<\/em>, Paris, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>Pline C.S.&nbsp;: <em>Histoire Naturelle<\/em>, Ernout (trad.), Paris, 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>Racheli G.&nbsp;: <em>Le Isole del ferro<\/em>, Milano, Mursia Ed., 1978, 359 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Ramponi C.&nbsp;: <em>Il drago processionale nelle Rogazioni Novarese<\/em>, Novarra, 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>Reau L. : <em>Iconographie de l&rsquo;art chr\u00e9tien<\/em>, Paris, 1955, 3 tomes<\/p>\n\n\n\n<p>Saint Yves P. : <em>En marge de la L\u00e9gende Dor\u00e9e<\/em>, Paris, 1930.<\/p>\n\n\n\n<p>Sebillot P. : <em>Le folklore de France<\/em>, Paris, 1904-1906, 4 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Severe S.&nbsp;: <em>Vita Beata Martini<\/em> , Paris, Cerf Ed., 1967-1968-1969, 3 tomes.<\/p>\n\n\n\n<p>STith Thompson : <em>Motif Index of Folk Litterature,<\/em> U.S.A., 1930, Indiana University Press, 6 volumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Valery P.&nbsp;: <em>Voyages en Corse<\/em>, Bruxelles, Soci\u00e9t\u00e9 Belge de Librairie, 1838.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\"><\/a>([i])S\u00e9billot, 1904&nbsp;: 107 <em>sq&lt;<\/em> Les exemples comment\u00e9s ici sont in\u00e9dits pour la plupart.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\"><\/a>([ii]) Paulis Realencyclopaedia, <em>s. v<\/em>. <em>Ophiusa<\/em>. Sur l&rsquo;absence r\u00e9elle de serpents venimeux sur les \u00eeles, voir plus loin l&rsquo;analyse de la dimension \u00e9tiologique de ces r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\"><\/a>([iii]) Rapport\u00e9 par Saint Yves et Gr\u00e9goire, 1836&nbsp;: IV, 5. Le pape Gr\u00e9goire, dont les lettres sont une de nos seules sources d&rsquo;informations sur l&rsquo;histoire du monachisme dans ces r\u00e9gions, bien qu&rsquo;\u00e9lev\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 30 ans aux plus hautes fonctions eccl\u00e9siastiques, y aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la voie de l&rsquo;asc\u00e9tisme. Voir aussi Ramponi, 1947, pour le dragon processionel en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\"><\/a>([iv])Ce th\u00e8me est en effet \u00e0 peine mentionn\u00e9 par le <em>Motif Index,<\/em> le grand dictionnaire anglo-saxon du folklore. On y apprend seulement que Saint-Patrick, l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisateur de l&rsquo;Irlande, en avait chass\u00e9 les serpents qui, depuis, ne peuvent plus y vivre, car il leur fut impossible de franchir un cercle trac\u00e9 avec la terre de l&rsquo;\u00eele (Stith Thompson, 1966&nbsp;: <em>sv<\/em> A 531 et D 2176.1).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\"><\/a>([v]) G\u00e9ry, f\u00eat\u00e9 le 11 ao\u00fbt, exorcisa aussi un bois consacr\u00e9 aux d\u00e9mons. Il a pour attribut le dragon.(R\u00e9au, 1955).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\"><\/a>([vi]) A l&rsquo;approche de sa mort, le saint alluma \u00e0 nouveau un feu, toujours sur le sommet de l&rsquo;\u00eele, et les marins des \u00eeles voisines accoururent \u00e0 ce signal, pour emporter sa d\u00e9pouille. Ceux de l&rsquo;\u00eele de <em>Giglio<\/em>. ayant r\u00e9ussi \u00e0 ramener chez eux le corps du saint s&rsquo;endormirent, ext\u00e9nu\u00e9s, \u00e0 peine d\u00e9barqu\u00e9s. Des p\u00eacheurs d&rsquo;Elbe et des marins g\u00e9nois en profit\u00e8rent pour s&#8217;emparer de la d\u00e9pouille, dont les \u201cGigliese\u201d purent cependant conserver le bras, auquel ils s&rsquo;agripp\u00e8rent de toutes leurs forces (Rachelli, 1978&nbsp;: 250). Le th\u00e8me du d\u00e9membrement du corps saint est, on le sait, un motif essentiel dans le l\u00e9gendaire de la mer. Au del\u00e0 de leur dimension mythique, ces feux rituels sembleraient confirmer qu&rsquo;un syst\u00e8me de phares et balises antiques ait pu \u00eatre entretenu par les ermites install\u00e9s sur ces m\u00eames \u00eeles, selon l\u2019hypoth\u00e8se avanc\u00e9e par l&rsquo;arch\u00e9ologue corse Morrachini-Mazel.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref7\" id=\"_edn7\"><\/a>([vii]) D&rsquo;apr\u00e9s <em>ENC IT<\/em>, 1937. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est rare, puisque les serpents venimeux, en l\u2019occurrence les vip\u00e8res, ne peuvent vivre dans les zones littorales.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref8\" id=\"_edn8\"><\/a>([viii]) D&rsquo;apr\u00e9s Dom Cabrol, 1929&nbsp;: XV, 2200, qui donne les variantes Perminius et Primenius.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref9\" id=\"_edn9\"><\/a>([ix]) Cette \u00eele \u00e9tait appel\u00e9e <em>Augia Major.<\/em> (R\u00e9au, 1955) Pirmin est f\u00eat\u00e9 le 3 novembre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref10\" id=\"_edn10\"><\/a>([x]) A l&rsquo;exception toutefois d&rsquo;une esp\u00e8ce v\u00e9n\u00e9neuse, dont le suc provoquait une hilarit\u00e9 mortelle, le rire d\u2019ailleurs dit \u201csardonique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref11\" id=\"_edn11\"><\/a>([xi]) Gallini, 1988&nbsp;: 26 qui ne donne pas plus de d\u00e9tail sur cette l\u00e9gende.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref12\" id=\"_edn12\">[xii]<\/a>&nbsp; On se reportera au riche dossier relatif aux rituels de pendaison dans la Gr\u00e8ce antique (rassembl\u00e9 par De Martino, <em>op. cit.<\/em>) et notamment au mythe d&rsquo;Arachn\u00e9 que rapporte Ovide dans ses M\u00e9tamorphoses.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref13\" id=\"_edn13\"><\/a>([xiii]) <em>Vie de St Martin <\/em>par Sulpice S\u00e9v\u00e8re&nbsp;: I,7. Le miracle ophioctone est rapport\u00e9 \u00e0 Hilaire. Voir la L\u00e9gende Dor\u00e9e et le r\u00e9cit de Venance Fortunat (Acta Boll janvier 794, <em>in:<\/em> Ferretto, 1907&nbsp;: 234)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref14\" id=\"_edn14\"><\/a>([xiv]) Guida, 1967 et ENC IT, 1934, d\u2019apr\u00e8s Varron, de re rustica, III, IX,17, et Columelle, VIII, 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref15\" id=\"_edn15\"><\/a>([xv]) A la mort du saint, (31 ao\u00fbt), Lindisfarne resta d\u00e9serte quelques ann\u00e9es et fut ensuite habit\u00e9e par saint Cuthbert, dont la renomm\u00e9e attira nombre de visiteurs pour lesquels le saint dut b\u00e2tir un refuge (Gorby 1987&nbsp;: 405-406) Pour le texte, dat\u00e9 du XVe&nbsp;si\u00e8cle, relatif \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Farne, on se reportera \u00e0 Sharpe 1985&nbsp;: 166.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref16\" id=\"_edn16\"><\/a>([xvi]) Encore qu&rsquo;on y mentionne aussi des sangliers, comme sur l&rsquo;Ischia corse de San-Damianu.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref17\" id=\"_edn17\"><\/a>([xvii]) D&rsquo;apr\u00e8s Gorby, 1987&nbsp;: 269 <em>sq.<\/em> et Lignage Cond\u00e9, 1973&nbsp;: 217, qui citent les lettres d&rsquo;Augustin. Mais la <em>Caprariae<\/em> mentionn\u00e9e par Augustin, ainsi baptis\u00e9e \u00e0 cause l\u00e0 encore de l&rsquo;abondance de ses ch\u00e8vres, est aussi revendiqu\u00e9e comme l&rsquo;\u00eele italienne du m\u00eame nom.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref18\" id=\"_edn18\"><\/a>([xviii]() Les cartographes du Moyen Age usaient indiff\u00e9remment des termes d&rsquo;Asenara, ou (A)cinara. Sur la l\u00e9gende de l&rsquo;\u00eele voir Aim\u00e9s, l938&nbsp;: 11<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref19\" id=\"_edn19\"><\/a>([xix]) Le statut de \u00ab\u00a0parias\u00a0\u00bb des communaut\u00e9s maritimes, marins ou p\u00eacheurs, ou celui du poisson dans l&rsquo;alimentation t\u00e9moignent des connotations d&rsquo;impuret\u00e9 traditionnellement attach\u00e9es au monde de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref20\" id=\"_edn20\"><\/a>([xx] )<em>Vita Hilarii<\/em> 15,2, <em>in:<\/em> Nouailhat, 1988&nbsp;: 115, \u00e9loge fun\u00e8bre d&rsquo;Honorat, par son successeur Hilaire, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Arles, qui \u00e9voque ensuite le miracle de l&rsquo;apparition d&rsquo;une source sur l&rsquo;\u00eele \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du saint, en r\u00e9f\u00e9rence au r\u00e9cit biblique de la cr\u00e9ation du monde, la s\u00e9paration des eaux. Si la description d&rsquo;Hilaire reste particuli\u00e8rement sobre, eu \u00e9gard aux extravagances des r\u00e9cits orientaux, c&rsquo;est un texte important, quant \u00e0 la nature des \u00eeles dans la pens\u00e9e chr\u00e9tienne, lesquelles t\u00e9moignent du miracle des origines.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref21\" id=\"_edn21\"><\/a>([xxi]) Ecrite en proven\u00e7al au XIIIe&nbsp;si\u00e8cle (F\u00e9raud, 1943).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref22\" id=\"_edn22\"><\/a>([xxii]) Amand, saint breton du VIe&nbsp;si\u00e8cle, f\u00eat\u00e9 le 6 f\u00e9vrier, v\u00e9cut en ermite sur l&rsquo;\u00eele, puis \u00e0 Tours et \u00e0 Bourges, o\u00f9 il pratiqua la r\u00e9clusion pendant 15 ans (Gorby, 1987&nbsp;: 126 et S\u00e9billot, l906&nbsp;: 81 et 276, d&rsquo;apr\u00e9s Gougaud, 1936&nbsp;: 73).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref23\" id=\"_edn23\"><\/a>([xxiii]) Il existe un \u00e9v\u00eaque africain du nom de San Venerio de Carthage, qui est f\u00eat\u00e9 le 5 mai, disciple d&rsquo;Ambroise, compagnon de Jean Chrysostome et \u00e9v\u00eaque de Milan. (D&rsquo;apr\u00e8s <em>Dizz. Ecc.<\/em>, 1953 et <em>Dizz. Pat.<\/em>, 1984)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref24\" id=\"_edn24\"><\/a>([xxiv]) Les vestiges de l&rsquo;Abbaye de San Venerio datent du XIe&nbsp;si\u00e8cle, mais Gr\u00e9goire le Grand en fait d\u00e9j\u00e0 mention au VIe&nbsp;(d&rsquo;apr\u00e8s <em>ENC. IT<\/em>, 1937)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref25\" id=\"_edn25\"><\/a>([xxv]) Recueillies par Banks, 1939&nbsp;: 147-149.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref26\" id=\"_edn26\"><\/a>([xxvi]) Namantius&nbsp;: v.431-438 <em>in<\/em>&nbsp;: M\u00e9morial, 1981, qui \u00e9voque au Ve&nbsp;si\u00e8cle une tradition dont la source se trouve dans les Fragments de Salluste. Version d\u00e9velopp\u00e9e au VIIe&nbsp;si\u00e8cle par Isidore de S\u00e9ville (Etymol., XIV, 6, 41-42) dans la traduction de CirneoI,1884&nbsp;: 42.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref27\" id=\"_edn27\"><\/a>([xxvii]) Cronichetta, 1660&nbsp;:12-14.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref28\" id=\"_edn28\"><\/a>([xxviii]) Servius, <em>Ad Eclog<\/em>.: IX, 9, 30.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref29\" id=\"_edn29\"><\/a>([xxix]) Kyrnos, selon Servius et H\u00e9rodote ou, suivant Isidore et Paul Diacre, Corso (M\u00e9morial, 1981).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref30\" id=\"_edn30\"><\/a>([xxx]) Phorcus fut roi de Corse et de Sardaigne. Vaincu par le roi Atlas il fut, selon ses compagnons, transform\u00e9 en dieu marin. (Servius, <em>Ad Aen<\/em>.: V, 824, cit\u00e9 <em>in:<\/em> M\u00e9morial, 1981).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref31\" id=\"_edn31\"><\/a>([xxxi])( D&rsquo;Ayala, pour la dimension fun\u00e9raire des l\u00e9gendes chr\u00e9tiennes relatives aux corps saints abandonn\u00e9s \u00e0 une s\u00e9pulture marine. <em>Cf.<\/em>, aussi Mauclaire, 1991, en ce qui concerne le Japon, et ses l\u00e9gendes \u00ab\u00a0m\u00e9lusiniennes\u00a0\u00bb, qui interpr\u00e8te leur nature retilienne comme une manifestation du corps invisible de la divinit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Robert Castellana 1997. Le bestiaire, les \u00eeles et la mer. Cr\u00e9ations fantastiques \/ Cr\u00e9ations mythiques, Actes du Colloque d&rsquo;Anthropologie maritime, CNRS, mai 1997, Paris, CETMA,&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7609\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Le bestiaire des \u00eeles<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":7592,"menu_order":13,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-7609","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7609","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7609"}],"version-history":[{"count":10,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7609\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7708,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7609\/revisions\/7708"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7592"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7609"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}