{"id":7596,"date":"2023-12-22T15:31:48","date_gmt":"2023-12-22T13:31:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7596"},"modified":"2024-01-07T15:11:41","modified_gmt":"2024-01-07T13:11:41","slug":"lexpulsion-du-serpent","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7596","title":{"rendered":"L&rsquo;expulsion du serpent"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"725\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent-725x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7603\" style=\"width:250px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent-725x1024.jpg 725w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent-212x300.jpg 212w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent-106x150.jpg 106w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent-768x1084.jpg 768w, http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Article-Expulsion-du-serpent.jpg 796w\" sizes=\"auto, (max-width: 725px) 100vw, 725px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Castellana Robert 1993. L&rsquo;expulsion du serpent: l\u00e9gendes, mythes et rituels. Cahiers Corsica N\u00b0 15-159. FAGEC Bastia 1993 (Extrait d&rsquo;une \u00e9tude effectu\u00e9e pour le compte du Mus\u00e9e R\u00e9gional d&rsquo;Anthropologie de la Corse)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"http:\/\/bioarchive.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CASTELLANA-R.-1993.-Lexpulsion-du-serpent-legendes-mythes-et-rituels.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"411\" height=\"380\" src=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/logo-pdf.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-7638\" style=\"width:58px;height:auto\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;arch\u00e9ologie, l&rsquo;ethnologie \u00e9tudie les vestiges du pass\u00e9. Son approche est toutefois diff\u00e9rente. Elle recherche \u00e0 travers les l\u00e9gendes et les rituels, les survivances d&rsquo;un antique syst\u00e8me de croyances, dont la tradition orale est l&rsquo;un des principaux d\u00e9positaires. Le \u00ab\u00a0mat\u00e9riau\u00a0\u00bb de l&rsquo;ethnologie diff\u00e8re ainsi, de par sa nature, de celui qu&rsquo;\u00e9tudient les arch\u00e9ologues. Si l&rsquo;on y retrouve des ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;emprunt, de diffusion et de contact, il poss\u00e8de sa propre logique, qui est celle du r\u00e9cit. Par l\u00e0 m\u00eame, l&rsquo;ethnologie s&rsquo;apparente \u00e0 la critique litt\u00e9raire. Adepte d\u2019une m\u00e9thode comparative, sur un corpus devenu de nos jours cons\u00e9quent, l&rsquo;ethnologue cherche \u00e0 reconstituer les fragments \u00e9pars d&rsquo;une mythologie perdue. C\u2019est cette approche que nous avons cherch\u00e9 ici \u00e0 appliquer \u00e0 une obscure l\u00e9gende corse, celle de la Biscia. Il en existerait, selon la tradition locale, une repr\u00e9sentation sculpt\u00e9e, qui semble pourtant sans rapport avec l&rsquo;histoire recueillie au 19\u00b0 si\u00e8cle. Aussi examinera-t-on l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence d&rsquo;un r\u00e9cit plus vaste dont on \u00e9voquera, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d&rsquo;autres versions du m\u00eame th\u00e8me, les implications anthropologiques. Recueillie dans la r\u00e9gion d&rsquo;Ostriconi, cette l\u00e9gende pr\u00e9sente tous les caract\u00e8res de ces r\u00e9cits de combat contre le dragon, dont le prototype est m\u00e9di\u00e9val. On y rapporte ainsi comment le seigneur de San Colombano d\u00e9barrassa la r\u00e9gion d&rsquo;un monstre qui y semait la terreur: \u00ab\u00a0Un<em> animal appel\u00e9 Biscia, ou serpent, de dimensions extraordinaires et d&rsquo;une terrible f\u00e9rocit\u00e9&#8230; avait \u00e9tabli son repaire \u00e0 un mille environ du village, dans un mar\u00e9cage bois\u00e9&#8230; entre les eaux et des arbres au feuillage \u00e9pais. Elle apparaissait sombre. On appelle cet endroit la Cannuta.\u00a0\u00bb <\/em><a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\">[i]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La l\u00e9gende corse de la Biscia<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le dragon m\u00e9di\u00e9val vit g\u00e9n\u00e9ralement dans ces lieux mar\u00e9cageux, aux limites du terroir, d&rsquo;o\u00f9 il sort parfois pour d\u00e9vaster la contr\u00e9e qui l&rsquo;entoure. On en conna\u00eet nombre d&rsquo;exemples, r\u00e9partis sur une aire culturelle si vaste qu&rsquo;on peut affirmer \u00eatre en pr\u00e9sence d&rsquo;un \u00ab\u00a0invariant culturel\u00a0\u00bb. Il est donc malais\u00e9 d&rsquo;y discerner des filiations, bien qu&rsquo;on s&rsquo;y soit essay\u00e9 avec quelques r\u00e9sultats souvent d\u00e9cevants.<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[ii]<\/a> Le combat contre le dragon appartient au patrimoine universel de l&rsquo;humanit\u00e9. Le terme de Biscia est toutefois un mot italien, qui d\u00e9signe dans cette langue un serpent inoffensif, la couleuvre. Aussi peut-on se demander si la l\u00e9gende corse, recueillie dans un manuscrit appartenant \u00e0 une famille seigneuriale issue de la p\u00e9ninsule, n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0import\u00e9e\u00a0\u00bb sur l&rsquo;\u00eele. Il existe effectivement en Italie un r\u00e9cit, o\u00f9 le dragon est appel\u00e9 du m\u00eame nom, d\u00e9nomination peu fr\u00e9quente dans le l\u00e9gendaire italien, ce qui pourrait attester d&rsquo;une origine commune. Recueillie dans la r\u00e9gion de Novara, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Folsona, cette histoire met en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0le serpent de la Cestra\u00a0\u00bb, un monstre redout\u00e9, bien qu&rsquo;il ne mesure pas plus d&rsquo;une cinquantaine de centim\u00e8tres, et que l&rsquo;on d\u00e9crit muni de quatre ailes et d&rsquo;une cr\u00eate rouge. Le monstre, dont la description rappelle celle du basilic m\u00e9di\u00e9val, moiti\u00e9 serpent, moiti\u00e9 coq, appara\u00eet l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans le lieu dit \u00ab\u00a0Giavina della Biscia\u00a0\u00bb. Si l\u2019on craint son venin, on redoute tout autant sa seule vue, qui passe pour faire perdre la m\u00e9moire.<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[iii]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;image des premiers moines irlandais, grands sp\u00e9cialistes de l&rsquo;exorcisme ophidien, le h\u00e9ros du conte corse porte curieusement le nom de la colombe: \u00ab\u00a0<em>Les habitants de ce pays&#8230; sujets des Marquis de San Colombano&#8230; all\u00e8rent implorer leur protection\u00a0\u00bb&nbsp; <\/em>Il pourrait s&rsquo;agir l\u00e0 d&rsquo;un indice du caract\u00e8re mythique du r\u00e9cit. Le serpent et la colombe repr\u00e9sentent en effet deux polarit\u00e9s radicalement oppos\u00e9es, l&rsquo;une c\u00e9leste, l&rsquo;autre chthonienne, dont l\u2019association t\u00e9moigne d&rsquo;un grand universalisme, parfaitement int\u00e9gr\u00e9e par ailleurs au symbolisme chr\u00e9tien.<a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\">[iv]<\/a>&nbsp; Autre caract\u00e8re typique, ce r\u00e9cit met en sc\u00e8ne un cavalier et comme c&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement le cas, dans les versions \u00ab\u00a0profanes\u00a0\u00bb du th\u00e8me, le h\u00e9ros est empoisonn\u00e9 par le sang du monstre:<em> \u00ab\u00a0S&rsquo;\u00e9tant enferm\u00e9 avec son cheval dans l&rsquo;\u00e9glise de Sainte Marie, il fit sonner la cloche. Imm\u00e9diatement la Biscia accourut&#8230; La lutte fut longue et acharn\u00e9e&#8230; Ayant tu\u00e9 la Biscia, le Marquis ne prit pas garde au sang empoisonn\u00e9 de la b\u00eate dont son \u00e9p\u00e9e \u00e9tait couverte, il la toucha et en mourut. \u00ab\u00a0<\/em> La l\u00e9gende de l&rsquo;Ostriconi rel\u00e8ve par ailleurs d&rsquo;une configuration chr\u00e9tienne de l&rsquo;espace sacr\u00e9, caract\u00e9ristique de ces m\u00eames r\u00e9cits m\u00e9di\u00e9vaux. Le terroir y est d\u00e9fini comme l&rsquo;espace plac\u00e9 sous la protection des cloches de l&rsquo;\u00e9glise: <em>\u00ab\u00a0D\u00e9s que la Biscia entendait les cloches de l&rsquo;\u00e9glise, elle s&#8217;empressait d&rsquo;y courir et de tuer toutes les personnes qu&rsquo;elle y rencontrait.\u00a0\u00bb&nbsp; <\/em>Les travaux de g\u00e9ographie mythique des folkloristes fran\u00e7ais ont bien mis en \u00e9vidence cette structure concentrique du terroir.<a href=\"#_edn5\" id=\"_ednref5\">[v]<\/a> A ses limites se tiennent les sources sacr\u00e9es, les friches st\u00e9riles et les mar\u00e9cages, o\u00f9 vivent f\u00e9es, monstres, et dragons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le territoire et ses fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres r\u00e9cits rapportent la pr\u00e9sence de ces monstres du folklore, dans la m\u00eame r\u00e9gion de l&rsquo;Ostriconi, o\u00f9 se trouvait l&rsquo;ancien port de Piraghiola, menac\u00e9 d&rsquo;\u00eatre enseveli sous le sable qu&rsquo;apportaient les vents marins. Ses habitants accueillirent avec joie la venue d&rsquo;un \u00e9tranger qui leur proposa de faire jaillir de nouvelles sources en \u00e9change de la propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tang. Rompant le pacte un p\u00eacheur tua le bienfaiteur. La terre s&rsquo;ouvrit sous ses pieds, tandis que surgissait un monstre apocalyptique, une hydre g\u00e9ante \u00e0 trois t\u00eates munies de langues fourchues et phosphorescentes. L&rsquo;\u00e9tang poissonneux devint un mar\u00e9cage maudit, aujourd&rsquo;hui nomm\u00e9 le Chaudron. Quand au village de Piraghiola, il aurait disparu frapp\u00e9 par la foudre.<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[vi]<\/a> Il pourrait bien s&rsquo;agir l\u00e0 d&rsquo;une m\u00eame l\u00e9gende, dont se seraient conserv\u00e9es, comme c&rsquo;est souvent le cas, des versions diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi peut il \u00eatre int\u00e9ressant d&rsquo;en examiner plus avant les caract\u00e9ristiques, et tout d&rsquo;abord celles du lieu que le r\u00e9cit d&rsquo;Ostriconi d\u00e9finit comme l&rsquo;espace central du terroir, l&rsquo;\u00e9glise: <em>\u00ab\u00a0Leurs \u00e9glises sont encore, il est vrai, le principal d\u00e9p\u00f4t des s\u00e9pultures; aussi quelques soins qu&rsquo;ils prennent de les parer, et quoiqu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral elles soient presque toutes belles et bien orn\u00e9es, les \u00e9trangers sont repouss\u00e9s par l&rsquo;odeur cadav\u00e9reuse qui s&rsquo;en exhale\u00a0\u00bb, <\/em><a href=\"#_edn7\" id=\"_ednref7\">[vii]<\/a> s&rsquo;indigne Gaudin qui visite la Corse au 18\u00b0 si\u00e8cle. La pr\u00e9sence d&rsquo;une tombe au centre de l&rsquo;\u00e9glise est un \u00e9l\u00e9ment archa\u00efque, dont attestent les premi\u00e8res fondations monastiques. Lors de l&rsquo;installation des moines irlandais sur l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Iona, un contemporain de Saint Columba nous rapporte qu&rsquo;\u00e0 sa demande l&rsquo;un de ses disciples s&rsquo;offrit \u00e0 Dieu et mourut sans d\u00e9lai. Columba b\u00e2tit alors son \u00e9glise sur sa s\u00e9pulture,<a href=\"#_edn8\" id=\"_ednref8\">[viii]<\/a> prenant possession du sol ainsi sacralis\u00e9, acte fondateur dont la dimension fun\u00e9raire est bien celle g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9volue aux serpents et dragons des l\u00e9gendes m\u00e9di\u00e9vales. Le l\u00e9gendaire corse nous apprend pour sa part que \u00ab\u00a0sur<em> la route d&rsquo;Isulacciu se trouve l&rsquo;\u00e9glise&#8230; de Santa Lucia. On y jetait les morts dans l&rsquo;arca, fosse commune ferm\u00e9e par deux trappes, une pour les femmes et les enfants, l&rsquo;autre pour les hommes. Un jour il en sortit un \u00e9norme serpent, ce qui fit qu&rsquo;on enterra depuis les morts dans le cimeti\u00e8re alentour.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp; <a href=\"#_edn9\" id=\"_ednref9\">[ix]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc avancer, au travers de ces t\u00e9moignages, que la l\u00e9gende corse pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques des r\u00e9cits m\u00e9di\u00e9vaux de combat contre les dragons. Elle a fort probablement \u00e9t\u00e9 introduite dans l&rsquo;\u00eele par une famille d\u00e9sireuse d&rsquo;illustrer par un exploit guerrier la noblesse de ses origines. On peut toutefois se demander s&rsquo;il n&rsquo;existait pas auparavant un r\u00e9cit local, faisant \u00e9tat de l&rsquo;existence d&rsquo;un monstre, et peut \u00eatre m\u00eame des conditions de son expulsion. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce genre de questions il faut replacer le r\u00e9cit dans un contexte l\u00e9gendaire r\u00e9gional. Il s&rsquo;agit ici du tarentisme, dont on sait qu&rsquo;il a exist\u00e9 en Corse, o\u00f9 l\u2019araign\u00e9e vient prendre la place du serpent. Il faut voir l\u00e0 une cons\u00e9quence probable du fait que sur les \u00eeles on ne trouve pas de serpent venimeux. Les traditions tarentiques mettent de m\u00eame en sc\u00e8ne un esprit ancestral, dont l&rsquo;expulsion ne fait pas appel \u00e0 un h\u00e9ros, saint ou chevalier, mais \u00e0 des rituels bas\u00e9s sur la musique et la danse, lesquels se d\u00e9roulent \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des moissons.<a href=\"#_edn10\" id=\"_ednref10\">[x]<\/a>&nbsp; Dans le cadre d&rsquo;une \u00ab\u00a0g\u00e9ographie mythique\u00a0\u00bb du terroir, la l\u00e9gende corse de la Biscia pr\u00e9sente une particularit\u00e9 qui pourrait nous fournir un premier indice. Le dragon s&rsquo;y trouve \u00e0 la fois au centre et \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du territoire, ce qui n&rsquo;est pas sans \u00e9voquer l&rsquo;araign\u00e9e, dans la description que donne Pline de ses techniques de chasse: <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;araign\u00e9e se tient loin du centre&#8230; Quand m\u00eame la proie serait prise \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du filet, toujours elle accourt au centre.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp; <a href=\"#_edn11\" id=\"_ednref11\">[xi]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le bestiaire du venin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve par ailleurs, autour de l&rsquo;espace des morts, plusieurs mentions relatives \u00e0 un bestiaire \u00ab\u00a0reptilien\u00a0\u00bb aux connotations \u00ab\u00a0agraires\u00a0\u00bb. L&rsquo;arca est ainsi mentionn\u00e9e, dans un r\u00e9cit de la r\u00e9gion de Moriani, domin\u00e9e par une chapelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 san Mamilliano, le saint qui exorcisa le dragon de l&rsquo;\u00eele voisine de Monte-Cristo. C&rsquo;est l\u00e0 la seule figuration d&rsquo;un saint sauroctone que l&rsquo;on connaisse en Corse, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques repr\u00e9sentations de l&rsquo;Archange Michel. Le d\u00e9tail de la l\u00e9gende fait tenir une place essentielle \u00e0 la fourmi: \u00ab\u00a0Au<em> temps o\u00f9 la Corse \u00e9tait encore sauvage, la temp\u00eate mena trois barques blanches sur les c\u00f4tes de Padulella&#8230; En d\u00e9barqu\u00e8rent de petits animaux, une esp\u00e8ce de fourmis&#8230; qui avaient un visage humain! &#8230; On fit un pacte: la plaine et le fleuve&#8230; furent donn\u00e9s&#8230; aux \u00e9trangers.\u00a0\u00bb&nbsp; <\/em>Du jour o\u00f9 le pacte fut rompu,&nbsp; la maladie noire, ainsi appel\u00e9e \u00e0 cause de la couleur que prenaient ses victimes, s&rsquo;\u00e9tendit \u00e0 tout le pays: \u00ab\u00a0Un<em> nuage empoisonn\u00e9&#8230; s&rsquo;accrocha aux pentes de Moriani&#8230; Chaque jour mourrait quelqu&rsquo;un, atteint de douleurs terribles qui prenaient naissance aux genoux (calcagnu). Pour cela la maladie fut appel\u00e9e la calcagnetta&#8230; Les malheureux qui se savaient condamn\u00e9s se tra\u00eenaient&#8230; au sommet o\u00f9 l&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui la chapelle de San Mamilliano. Il s&rsquo;y trouvait l&rsquo;arca. Et devant l&rsquo;arca les moribonds attendaient leur heure. Lorsque l&rsquo;un d&rsquo;eux expirait, le plus proche lui donnait une pouss\u00e9e et il tombait dans l&rsquo;arca.\u00a0\u00bb<\/em> <a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\">[xii]<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p>La fourmi passe en Corse pour un animal venimeux:<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\">[xiii]<\/a> <em>\u00ab\u00a0La Corse&#8230; n&rsquo;a point de b\u00eates venimeuses, en dehors d&rsquo;une araign\u00e9e appel\u00e9e Malmignatto, dont la piq\u00fbre cause un refroidissement subit des membres, et quelquefois la mort. On cite aussi une fourmi venimeuse l&rsquo;Innafantato.\u00a0\u00bb <\/em><a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\">[xiv]<\/a> Il semble qu&rsquo;on la confonde d&rsquo;ailleurs avec l&rsquo;araign\u00e9e: <em>\u00ab\u00a0Malmignattu ou Vermignattu d\u00e9signe une fourmi dont la piq\u00fbre est dangereuse et que l&rsquo;on exorcise par un charme.\u00a0\u00bb<\/em> <a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\">[xv]<\/a> Il s&rsquo;agirait plus pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;une fourmi rouge et noire <em>\u00ab\u00a0qu&rsquo;on appelle aussi zinevra, quelquefois tarrenticu (tarentule).\u00a0\u00bb<\/em> <a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\">[xvi]<\/a> Nombre de r\u00e9cits mentionnent ainsi des villages abandonn\u00e9s suite \u00e0 une invasion de ces bestioles, comme Seppula o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9voque \u00e0 la fois l&rsquo;abus de mariages consanguins ou une vengeance de sorciers, Zucarellu envahi \u00e0 la suite du meurtre du cur\u00e9 par les habitants du village,<a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\">[xvii]<\/a> ou encore Quarcioli qui est justement un hameau de l&rsquo;Ostriconi.<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\">[xviii]<\/a> Cette liste est loin d\u2019\u00eatre exhaustive. Les invasions de fourmis semblent se rattacher \u00e0 ce m\u00eame th\u00e8me sauroctone ou \u00e0 sa version tarentique, au travers de leurs connotations agraires affirm\u00e9es. Comme ailleurs<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\">[xix]<\/a> l&rsquo;invasion de serpents, elles provoquaient ainsi l&rsquo;intervention du pr\u00eatre, charg\u00e9 d&rsquo;exorciser le danger que les \u00ab\u00a0bestioles\u00a0\u00bb, fourmis et sauterelles, faisaient courir aux cultures.<a id=\"_ednref20\" href=\"#_edn20\">[xx]<\/a> Ou encore celle des moines, lesquels pratiquaient par exemple, \u00e0 Omessa, l&rsquo;exorcisme des charan\u00e7ons, des sauterelles et des rats \u00e0 l\u2019occasion de leurs qu\u00eates.<a id=\"_ednref21\" href=\"#_edn21\">[xxi]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une autre de ces \u00ab\u00a0bestioles\u00a0\u00bb, la mouche, appara\u00eet par ailleurs dans des termes qui rappellent la l\u00e9gende de Moriani. Elle met en sc\u00e8ne Orso Alamanno, le seigneur de Fretto, qui pratiquait le droit de cuissage, et l&rsquo;un de ses sujets r\u00e9pondant au nom de Piobetta, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mettre fin \u00e0 ce sinistre privil\u00e8ge. Le h\u00e9ros populaire provoqua le seigneur en duel et le tua: <em>\u00ab\u00a0Son corps fut enterr\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet des plus grands outrages&#8230; Au bout d&rsquo;un an on alla ouvrir le tombeau d&rsquo;Orso Alamanno pour voir s&rsquo;il y avait quelque chose dedans (car on le prenait pour un vrai diable de l&rsquo;enfer), et il sortit du tombeau une mouche, laquelle devint avec le temps si grosse qu&rsquo;au bout de dix ans elle avait la taille d&rsquo;un boeuf; elle tuait tous ceux qui s&rsquo;approchaient non seulement avec ses ongles cruels, mais encore avec son haleine f\u00e9tide; car la puanteur de son souffle \u00e9tait si infecte que, quand le vent la portait de quelque c\u00f4t\u00e9, elle dess\u00e9chait jusqu&rsquo;aux arbres.\u00a0\u00bb&nbsp; <\/em><a href=\"#_edn22\" id=\"_ednref22\">[xxii]<\/a> On notera la similitude entre cette mouche g\u00e9ante et le portrait que donnent du basilic les bestiaires m\u00e9di\u00e9vaux: <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;odeur qu&rsquo;il exhale&#8230; fait crever les arbres.\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_edn23\" id=\"_ednref23\">[xxiii]<\/a><em> <\/em>Les circonstances de la l\u00e9gende rattachent plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce monstre \u00e0 la famille des dragons, dont le sang est un poison redoutable: <em>\u00ab\u00a0Piobetta&#8230; parvint&#8230; \u00e0 tuer cette mouche&#8230; Mais ayant oubli\u00e9 de se frotter avec certaines liqueurs pr\u00e9cieuses dont le m\u00e9decin lui avait prescrit l&rsquo;usage pendant une ann\u00e9e enti\u00e8re, il mourut \u00e0 son tour.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp; <a href=\"#_edn24\" id=\"_ednref24\">[xxiv]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La dimension b\u00e9n\u00e9fique du serpent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quelle signification faut-il accorder, d&rsquo;un point de vue anthropologique, \u00e0 ces r\u00e9cits sauroctones dont rel\u00e8ve la l\u00e9gende de la Biscia&nbsp;? La repr\u00e9sentation du monstre, tenant une fleur dans la bouche, \u00e9voque une sc\u00e8ne dont le caract\u00e8re paisible et idyllique semble en contradiction avec un tableau d&rsquo;ensemble marqu\u00e9 par la mort, la maladie et le venin. Les c\u00e9r\u00e9monies traditionnelles d\u2019expulsion du dragon repr\u00e9sentant les bestioles et autres insectes nuisibles aux cultures, dans un lieu situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du village o\u00f9 il meurt et rena\u00eet chaque ann\u00e9e, fournissent quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Nombre de ces processions, dont la plus spectaculaire se pratique encore \u00e0 Cocullo dans le sud italien, t\u00e9moignent de l&rsquo;ambivalence qui caract\u00e9rise le personnage du serpent au travers sa christianisation.<a id=\"_ednref25\" href=\"#_edn25\">[xxv]<\/a>. Si le tableau d&rsquo;ensemble de ses manifestations est domin\u00e9 par la mort et le venin, il rel\u00e8ve par ailleurs d&rsquo;un processus de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, aux dimensions cosmiques, qui lui vient de sa facult\u00e9 de muer.<\/p>\n\n\n\n<p>Frazer nous rapporte ainsi, dans une autre aire culturelle mais toujours sur des \u00eeles, des r\u00e9cits faisant \u00e9tat d&rsquo;un age o\u00f9 les hommes poss\u00e9daient \u00e0 l\u2019image des serpents le pouvoir de changer de peau, c&rsquo;est \u00e0 dire le secret de l&rsquo;immortalit\u00e9.<a href=\"#_edn26\" id=\"_ednref26\">[xxvi]<\/a> L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh \u00e9voque ce m\u00eame secret que le serpent d\u00e9roba aux hommes. Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une plante, ce que confirme le r\u00e9cit grec de Tylos, mort \u00e0 la suite d\u2019une morsure au talon par un serpent. Sa soeur, \u00e0 la vue d&rsquo;un serpent ressuscitant l&rsquo;un de ses cong\u00e9n\u00e8res gr\u00e2ce \u00e0 une herbe qu&rsquo;il d\u00e9posa sur sa bouche, ramena son fr\u00e8re \u00e0 la vie. La m\u00eame sc\u00e8ne se reproduisit tandis qu&rsquo;on veillait le corps de Glaucos, le fils de Minos, qui lui aussi ressuscita.<a href=\"#_edn27\" id=\"_ednref27\">[xxvii]<\/a> Faut il voir l\u00e0 le sens de la sc\u00e8ne repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Ostriconi? Si la gravure \u00e9nigmatique se rapporte bien \u00e0 un \u00e9pisode perdu de la l\u00e9gende, on peut penser que la tradition a conserv\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un grand archa\u00efsme, o\u00f9 le serpent poss\u00e8de la dimension b\u00e9n\u00e9fique que lui connaissait encore le monde antique. Falcucci en attestait sur l&rsquo;\u00eele \u00e0 la fin du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent: <em>\u00ab\u00a0Les serpents&#8230; vont et viennent dans les maisons, plus particuli\u00e8rement dans les cuisines, o\u00f9 ils peuvent p\u00e9n\u00e9trer facilement&#8230; Ce serpent s&rsquo;appelle serpu casarecciu, et on ne peut le tuer&#8230; car une croyance superstitieuse estime que sa mort augurerait de celle du ma\u00eetre de maison.\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_edn28\" id=\"_ednref28\">[xxviii]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Par leurs liens \u00e0 l\u2019ambivalence et \u00e0 l\u2019archa\u00efsme qui caract\u00e9risent l&rsquo;ensemble du l\u00e9gendaire tarentique, les r\u00e9cits relatifs au bestiaire des monstres corses m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre confront\u00e9s aux donn\u00e9es comparatives du folklore et de l&rsquo;arch\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\">[i]<\/a> MALASPINA, Ambroise, La Biscia meurtri\u00e8re et les ruines d&rsquo;Ostriconi, in Revue de la Corse Historique et Litt\u00e9raire, 6, 10-11, Paris, 1920.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">[ii]<\/a> SAXER, Victor, le dragon dans la litt\u00e9rature hagiographique latine, in Drac. Catalogue de l&rsquo;exposition, Nice, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\">[iii]<\/a> GUIDA ALL&rsquo;ITALIA LEGGENDARIA, MISTERIOSA, INSOLITE E FANTASTICA, Milano, 1966-1967, 2 tomes.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\">[iv]<\/a> L\u00c9VI STRAUSS (Histoire de Lynx, Paris, Plon, 1991: p 295) \u00e9voque l&rsquo;importance de ce couple dans le l\u00e9gendaire am\u00e9ricain. Les Bestiaires m\u00e9di\u00e9vaux mettent souvent en sc\u00e8ne le serpent, ou la salamandre, mena\u00e7ant une colombe r\u00e9fugi\u00e9e dans un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\">[v]<\/a> DONTENVILLE, Henri, Mythologie de la France, Paris,1973.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\">[vi]<\/a> D&rsquo;ANGELIS, Gaston, DON GIORGI, Guide de la corse myst\u00e9rieuse, Paris: Tchou, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref7\" id=\"_edn7\">[vii]<\/a> GAUDIN, Abb\u00e9, Voyage en Corse, Paris, 1787: pp75-76<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref8\" id=\"_edn8\">[viii]<\/a> DOM CABROL-LECLERCQ, Dictionnaire d&rsquo;arch\u00e9ologie chr\u00e9tienne et de liturgie,&nbsp; Paris, 1924-1950: VII, p1431.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref9\" id=\"_edn9\">[ix]<\/a> POCAI, J.B., VALENTINI, M.D., L\u00e9gendes du Fiumorbu, in La Corse, 07-04-1993.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref10\" id=\"_edn10\">[x]<\/a> GALLINI, C., La danse de l&rsquo;argia, Paris, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref11\" id=\"_edn11\">[xi]<\/a> Pline, h.n., XI, 83<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref12\" id=\"_edn12\">[xii]<\/a> CARLOTTI, Dumenico, Racconti e leggende di Cirnu Bello, Livorno, 1930: pp129sq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref13\" id=\"_edn13\">[xiii]<\/a> DE BRADI, Lorenzi, Veill\u00e9es corses : Santa Lucia, Paris, 1930: p28<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref14\" id=\"_edn14\">[xiv]<\/a> GREGOROVIUS, Ferdinand, Corsica et Voyage en Corse, in Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse, Bastia, 1883: p157<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref15\" id=\"_edn15\">[xv]<\/a> MULTEDO, Roccu, Le \u00ab\u00a0mazzerisme\u00a0\u00bb et le folklore magique de la Corse, Nice: Adhec, 1975: p28<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref16\" id=\"_edn16\">[xvi]<\/a> CAISSON Max, le four et l&rsquo;araign\u00e9e. Essai sur l&rsquo;enfournement th\u00e9rapeutique en Corse, in&nbsp; Ethnologie Fran\u00e7aise, VI, 3-4, France, 1976: p369<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref17\" id=\"_edn17\">[xvii]<\/a> DESIDERI, Lucie, TIERVANT, Claire, Almanach de la Corse, Paris, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_edn18\" href=\"#_ednref18\">[xviii]<\/a> ORSINI, Olivier, Belgod\u00e8re mon village, Bastia, 1985, Sanmarcelli Ed.: p72<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref20\" id=\"_edn20\">[xx]<\/a> CONTES POPULAIRES ET LEGENDES DE CORSE (anthologie), Paris, 1979: p293<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref21\" id=\"_edn21\">[xxi]<\/a> Multedo 1975: 26<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref22\" id=\"_edn22\">[xxii]<\/a> Giovanni Della Grossa, in B.S.S.H.N.C. 1888: 147-149<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref23\" id=\"_edn23\">[xxiii]<\/a> Bestiaire du Moyen Age, Paris: Stock Plus, 1980<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref24\" id=\"_edn24\">[xxiv]<\/a> Giovanni Della Grossa, in B.S.S.H.N.C. 1888: 147-149<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref25\" id=\"_edn25\">[xxv]<\/a> \u00ab\u00a0San Domenico de Cocullo\u00a0\u00bb in BEL&rsquo;ITALIA, n\u00b0 37, Giorgio Mondadori Ed., Italie, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref26\" id=\"_edn26\">[xxvi]<\/a> FRAZER, James Georges, Le folklore dans l&rsquo;ancien Testament, Paris: Geuthner, 1924: 17-19<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref27\" id=\"_edn27\">[xxvii]<\/a>&nbsp; GRAVES, Robert, les mythes grecs, Paris, 1967.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref28\" id=\"_edn28\">[xxviii]<\/a> FALCUCCI, F.D., Vocabolario dei dialetti geografici e costumi della Corsica, Livourne, 1890: 325<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Castellana Robert 1993. L&rsquo;expulsion du serpent: l\u00e9gendes, mythes et rituels. Cahiers Corsica N\u00b0 15-159. FAGEC Bastia 1993 (Extrait d&rsquo;une \u00e9tude effectu\u00e9e pour le compte du&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/?page_id=7596\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">L&rsquo;expulsion du serpent<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":7592,"menu_order":11,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-7596","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7596"}],"version-history":[{"count":13,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7596\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7835,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7596\/revisions\/7835"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/7592"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.italia.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}